Du chef d’exploitation agricole au patron d’hôtel, en passant par un plombier ou encore un chauffeur de taxi… «Les travailleurs indépendants, qui sont en fait des dirigeants d’entreprise, ont des profils très variés», annonce d’emblée Elise Amar, co-auteure de l’enquête sur les revenus des travailleurs indépendants, publiée par l’Insee ce mercredi 21 mai. A la fin de l’année 2022, ils étaient plus de 4,4 millions à diriger leur propre entreprise, dont 4 millions à exercer effectivement une activité non salariée, soit à titre principal, soit en complément d’un emploi salarié. Mais qui sont ces travailleurs qui s’éloignent de plus en plus des standards du salariat ?

«Globalement, la population non-salariée a un profil différent de celle des salariés. Elle est moins féminisée et plus âgée», souligne l’experte. De façon un peu schématique, le portrait-robot du travailleur indépendant correspondrait ainsi à un homme d’au moins 45 ans et installé dans une agglomération. Pour preuve, «les non-salariés classiques sont plus âgés et masculins que les micro-entrepreneurs et les salariés», précise l’experte : près de 6 indépendants sur 10 (58,5 %) ont en effet dépassé les 45 ans. Et alors qu’un salarié sur deux est une femme, elles ne représentent pourtant que 41% des travailleurs non salariés

Côté secteurs d’activité, là encore, les indépendants font bande à part. «Les travailleurs non salariés n’ont pas forcément investi les mêmes secteurs d’activité que les salariés», explique Elise Amar. Si les services aux entreprises dominent aussi bien chez les indépendants (26 %) que chez les salariés (27 %), dans les services aux particuliers (hors santé), en revanche, les indépendants sont deux fois plus représentés que les salariés – 22% contre 13%.

Le micro-entrepreneuriat attire de plus en plus les jeunes femmes

Mais les contours de cette photographie sont en train de bouger, notamment grâce au statut de la micro-entreprise, lancé en 2019 et dont les plafonds de chiffres d’affaires y donnant droit ont doublé il y a 7 ans. Résultat, le nombre de micro-entrepreneurs parmi les travailleurs non salariés a quasiment doublé en moins de 10 ans, passant ainsi de 25 % en 2013 à 49 % en 2022.

Ce verrou qui saute explique peut-être pourquoi les jeunes sont ainsi de plus en plus nombreux à tenter l’aventure : «Les micro-entrepreneurs sont plus jeunes que les non-salariés classiques», constate Elise Amar. Ainsi, 4 micro-entrepreneurs sur 10 ont moins de 30 ans, contre seulement 6,7% chez les indépendants traditionnels. Plus jeunes, certes, mais aussi plus nombreuses, puisque «le statut de micro-entrepreneur, plus accessible, est plus féminisé que celui de non-salarié classique», ajoute-t-elle.