
À 49 ans, Sébastien est artisan, plus précisément patron de son bateau de pêche dans le Finistère. À bord, tout l’équipage est payé à la part, c’est-à-dire selon des grades correspondant au poste : une part et demie pour lui, une part pour le matelot… Salarié de son entreprise, il gagne entre 6 000 et 10 000 euros par mois, avant impôts. Pour un marin de base, c’est environ 5 000 euros. « Quand je vends la pêche, précise-t-il. Une fois les frais de gasoil et d’huile déduits, une grosse partie de l’argent – 60 % - est dédiée au bateau, le crédit du bateau, les mutuelles de l’équipe, les vivres à bord et les réparations. Le reste, 40 %, est divisé entre l’équipage ».
Meilleure est la pêche, plus élevés sont les salaires de l’équipage. Au total, le bateau compte 6 marins : quatre en mer et deux à terre, puisque le bateau ne s’arrête jamais de naviguer. Chacun alterne entre 20 jours en mer, 10 jours à terre, 20 jours en mer et ainsi de suite. « Si le bateau reste à quai, personne n’a de salaire », révèle-t-il. En mer depuis 1995, Sébastien considère qu’il gagne très bien sa vie par rapport à son niveau d’étude : « Si je fais le rapprochement avec le fait que j’ai arrêté l’école en 4e, c’est très bien, témoigne-t-il. Par contre, si je ramène au taux horaire, cela fait moins que le SMIC puisque ce sont 20 jours 24 heures/24 ».
Un rythme choisi
Durant sa jeunesse, les enfants qui n’étaient pas bons à l’école devenaient marins selon ses dires. Aujourd’hui, son rythme de travail lui convient parfaitement, avec maximum 225 jours de mer dans l’année. « Pour rien au monde, je ne changerai de travail, poursuit-il. Je ne pourrai pas avoir ce rythme d’autant de jours de repos avec un poste de salarié. J’ai acheté une maison, j’ai de quoi nourrir mes trois enfants et surtout, j’ai l’amour du métier, j’aime cette liberté en mer ». Quand il était plus jeune, il passait 15 jours à bord du bateau puis deux jours chez lui, etc. Avec Internet à bord, le pêcheur évoque une vie sociale qui n’existait pas avant.
Le gouffre financier du pêcheur ? Le bateau. Sébastien a acheté le sien 1,2 million d’euros il y a cinq ans, à crédit, avec des mensualités de 12 000 euros par mois, sans compter 2 500 euros d’assurances. « Chaque année, il faut compter environ 200 000 euros de réparation, dont le prix a augmenté de 50 % depuis le Covid ». Le coup de peinture annuel ? Minimum 15 000 euros. Si Sébastien n’avait pas fait le choix de faire tourner son bateau tous les jours, il n’arriverait probablement pas à payer régulièrement ses échéances.
Un bateau neuf
Pouvoir acheter un bateau neuf lui permettrait de pêcher moins mais mieux, avec moins de pression financière et sans puiser dans la ressource. Mais acheter neuf coûte cher, environ 4 millions d’euros, impossible sans aide publique. « Tout le monde compte sur la taxe Énergies Marines Renouvelables (EMR), qui compense le fait que des éoliennes empiètent sur des zones de pêche, que l’on a touchée mais qu’on ne peut pas dépenser pour l’instant ». Mais contrairement à ce que l’on pense, il n’y a pas moins de poissons à pêcher : « Les mailles agrandies, les grilles sélectives… Les efforts des dernières décennies payent enfin. Maintenant, le poisson a le temps de grandir. Nous devons même en rejeter certains comme les soles par exemple ».
Sébastien est fier de son salaire car « ce n’est pas de l’argent volé ». En tout cas, il ne voudrait pas moins gagner, ni même moins travailler car il s’ennuie vite. Très engagé au niveau départemental et régional, il enchaîne les réunions, physiques ou en visio, quand il est en mer. « C’est très important pour moi de défendre mon métier, faire avancer les choses et lui donner un avenir, assure-t-il. Et surtout donner ma vision des choses en tant que naviguant ». Ce métier qui lui a permis de commencer en tant que mousse, à faire la plonge et cuisiner, et d’avoir son bateau aujourd’hui. « Je n’aurais pas eu le même parcours en travaillant dans une usine », conclut-il.



















