Soixante-dix tonnes de coquilles Saint-Jacques. C'est ce que rapportent quotidiennement dans leurs cales la cinquantaine de bateaux qui viennent s'amarrer aux quais de Port-en-Bessin, charmant village côtier du Calvados (14) coincé entre deux falaises, pendant la période d'autorisation de pêche qui couvre en moyenne six mois de l'année. Dire que le produit, si apprécié à Noël, a failli disparaître de nos assiettes...

«Dans les années 1960, l’espèce a proliféré grâce à la disparition du poulpe, son prédateur, raconte Eric Foucher, chercheur au laboratoire Ressources Halieutiques de Port-en-Bessin à l’Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). Seulement, son exploitation s’est faite sans contrôle, ni gestion. Les rendements ont commencé à chuter. Les pêcheurs ont augmenté leur effort pour pallier la raréfaction de la ressource. Ils péchaient 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, ce qui a accentué le problème. Le gisement s’est brutalement écroulé.»

La Saint-Jacques, ce nouvel «or blanc»

Au début des années 2000, la pêche de la Saint-Jacques est moribonde. Pendant des heures, les «coquillards» font des ronds dans l’eau. Les dragues ne remontent quasiment plus rien. «Il fallait agir», se remémore Dimitri Rogoff, le président du Comité régional des pêches maritimes de Normandie. La réglementation se durcit progressivement. La taille des bateaux est limitée à 16 mètres. En 2016, une étape est franchie lorsqu’un système de jachère est décrété. Les effets de ces restrictions imposées ne se font pas attendre.

Alors que le gisement total, incluant les coquilles qui ne sont pas pêchées, «n’était que de 10 000 tonnes dans les années 2000, indique le chercheur, sa biomasse a été multipliée par 8». Elle est actuellement estimée à plus de 80 000 tonnes. L’abondance de la Saint-Jacques est désormais telle que, depuis 2021, ce produit représente en France la première espèce en tonnage et en valeur. La Normandie, avec ses 600 kilomètres de côtes, est la deuxième région de pêche française avec quelque 600 navires-artisans. Pour la moitié de ces bateaux, la Saint-Jacques, ce nouvel «or blanc», s'impose comme la principale activité.

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