
La consommation de drogue se banalise-t-elle en France ? Depuis quelques mois, le gouvernement a dans son viseur les narcotrafiquants, à tel point qu’il souhaite accélérer la lutte contre la fraude sociale en récupérant par exemple les RSA indûment perçus. Pendant des années, on croyait la consommation de drogue réservée à une certaine classe de la population, voire à une élite. Mais désormais, sa consommation gagne le monde du travail, expliquent nos confrères du Point. Pour quelles raisons ? Faire face à la pression, être le meilleur, se concentrer davantage ou être encore plus performant.
Selon les chiffres dévoilés par nos confrères, 1,6% des adultes avaient consommé de la cocaïne en 2017, mais la tendance est à la hausse puisqu’ils sont près de 3% aujourd’hui. Et des secteurs sont plus touchés que d’autres, révèle l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). C’est le cas de la restauration où près d’un employé sur dix en aurait déjà consommé. C’est le cas aussi chez les artistes et professionnels du spectacle.
De la cocaïne au LSD
Une consommation «surreprésentée» dans des secteurs «où le rythme de travail est très soutenu, où les horaires décalés sont la norme et où l'endurance physique et mentale est mise à rude épreuve», décrypte la directrice adjointe de l'OFDT, Ivana Obradovic. Son principal atout : son caractère invisible et son absence de symptômes visibles au premier abord. Un petit coup de boost rendu possible par l’accessibilité à la drogue de nos jours et son prix qui reste «raisonnable». Si la cocaïne est efficace sur le moment, les «descentes» sont plus compliquées. Au risque de tomber dans d’autres pièges comme l’alcool.
«J’ai vu des collègues perdre pied. Certains ont été virés. Plus fiables, plus stables», explique au Point un salarié qui a arrêté après dix ans de consommation. Cependant, il n’a pas arrêté sa consommation de drogue et s’est tourné vers le microdosage de LSD. Cette pratique venue des Etats-Unis est censée stimuler sur le moment, mais elle présente également des risques. «Le LSD entraîne une augmentation du rythme cardiaque et, surtout, il peut précipiter l'apparition de pathologies mentales sous-jacentes», tient à rappeler la directrice adjointe de l'OFDT.
Les «smart drugs» désormais plébiscitées
Toutefois, la cocaïne et le LSD ne sont pas les seules substances en vogue dans le monde du travail. Il y a aussi désormais ce qu’on appelle les «smart drugs», indiquent nos confrères. Quelles sont-elles ? La Ritaline, l’Adderall, le Medikinet, le Concerta, le Modafinil… Ces médicaments sont normalement prescrits pour les troubles du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité ou les patients atteints de narcolepsie. Moins de fatigue, plus de concentration ? Si les données manquent concernant le détournement de ces médicaments, l’ANSM a révélé que le nombre de boîtes de Ritaline vendues est passé de 26 000 en 1996 à 600 000 en 2014.
Aujourd’hui, beaucoup en consomment, mais réfutent l’idée d’addiction : «Ce n'est pas une drogue, c'est une béquille», estime un consultant en finance interrogé par Le Point. La faute à certaines cultures d’entreprise où la performance l’emporte sur le reste, notamment la santé ? Le phénomène est difficilement quantifiable, mais les risques réels, et surtout néfastes à terme. Jusqu’à produire l’effet inverse escompté ?



















