On le voit bien sur un globe ou une carte de géographie, le Canada est un grand pays, pas vraiment uniforme. L’Ouest avec la Colombie-Britannique, Alberta, dont la culture pourrait s’apparenter à celle des États-Unis. Ils parlent anglais et sont pragmatiques. Il y a le Québec aussi, à cheval entre la culture anglo-saxonne et la France. C'est justement là que les Français se font le plus souvent piéger : « On a l'impression d'être chez soi parce qu'on parle la même langue, avertit Alix Carnot, directrice associée d'Expat Communication. Mais cela crée une fausse proximité qui brouille la lecture des codes locaux ».

Pour candidater, soignez votre CV : pas de photo, ni d’âge, ni de genre. « Ces éléments, courants en France, pourraient être rédhibitoires outre-Atlantique, où la sensibilité à la diversité et à l'inclusion est très forte », confirme Alix Carnot. Sur le fond, les formations et les grandes écoles - dont les noms ne disent rien à un recruteur de Vancouver - comptent bien moins que les expériences professionnelles, et surtout que les soft skills. Ce qui fait la différence ? Vos réalisations qui doivent être décrites avec des résultats mesurables : pourcentages, volumes, exemples concrets de ce qui a été mis en œuvre. « Plus c'est circonstancié, mieux c'est », insiste-t-elle.

Se vendre en entretien

C'est souvent là que les Français perdent des points. Au Canada, l'entretien ressemble davantage à une conversation, sans question piège et dans une atmosphère détendue, dans laquelle recruteur et candidat sont à égalité. « Ce n'est pas parce qu'ils sont détendus qu'ils ne sont pas exigeants, prévient Alix Carnot. Au contraire, ils sont aussi à l'affût de performances ». Dans ce contexte, il faut accepter de se mettre en avant, voire d’en faire trop selon nos critères français : « Là-bas, tout le monde se vend en étant très à l'aise à l'oral ».

Autre impératif : la réactivité. Si un recruteur propose un entretien, il faut répondre dans l’heure qui suit. « Pour eux, le temps est rapide, rappelle l’experte. Demain, il aura trouvé quelqu'un d'autre ». Il faut d’ailleurs adopter le même réflexe pour envoyer un message de remerciement dans l'heure qui suit l'entretien. Si en France, cela peut sembler superflu, c’est indispensable au Canada. « C'est l'occasion de réitérer sa motivation et de montrer qu'on a compris les enjeux du poste », explique Alix Carnot.

Des différences culturelles

Alors que les Canadiens sont très pragmatiques, ils ne comprennent pas toujours notre façon conceptuelle de voir les choses et de communiquer : explorer un sujet de fond en comble, ce qu’ils vivent comme une manière de noyer le poisson dans des détails inutiles. La gestion des relations professionnelles réserve aussi des surprises. Au Canada, la première prise de contact est chaleureuse, souriante et agréable. Les Français y voient parfois de l'hypocrisie. « En réalité, il faut apprendre à distinguer la politesse du business, précise la directrice associée. Alors qu’en France, exprimer une opinion contraire, voire sa frustration, est parfaitement admis dans une relation professionnelle, cela peut être perçu comme agressif au Canada. « Là-bas, on évite le conflit, on privilégie le partenariat », résume Alix Carnot. Des petits réglages à intégrer dès le premier entretien.