
L’intérim sur la corde raide ? Pour la deuxième année consécutive, le travail temporaire a reculé en 2024. Le recours aux intérimaires a en effet baissé de 7,3% l’an passé, à un total de 701 050 postes à équivalent temps plein (ETP), d’après les chiffres rapportés ce mercredi 19 mars par Prism’emploi, organisation professionnelle du recrutement et de l'intérim. Selon l’organisme qui regroupe les professionnels de l'intérim, plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène. «La faible consommation des ménages, associée à un climat politique incertain, notamment avec la chute du gouvernement de Michel Barnier, a pesé lourdement sur l’investissement des entreprises et aussi sur l’emploi», a ainsi expliqué Gilles Lafon, président de Prism’emploi, lors de la présentation à la presse de ces résultats.
Si tous les secteurs qui ont régulièrement recours à l’intérim ont réduit la voilure sur l’emploi temporaire, la chute a été plus forte dans l’industrie (-8,2% par rapport à l’année 2023). Une évolution notamment causée par les difficultés auxquelles le secteur automobile s’est trouvé confronté en 2024, année marquée par la crise traversée par le constructeur allemand Volkswagen. Le secteur du transport n’a pas non plus été épargné, avec un recul de 7,1% de l’intérim comparé à 2023, et même de 15% en décembre 2024. Un effondrement «lié à l’instabilité politique et aux vacances de Noël», expliquent les représentants de Prism’emploi.
Certaines régions plus impactées par la baisse des contrats de travail temporaire
La baisse de l’intérim selon les secteurs d’activité, mais aussi selon les zones géographiques. En janvier 2025, alors que le recul de l’intérim par rapport au même mois l’année précédente s’affiche aux alentours de 7%, le travail temporaire plonge de 9,1% dans le Centre Val-de-Loire, principalement «sous l’effet de la chute de l’activité des entrepôts logistiques». Idem pour sa région voisine, l’Auvergne-Rhône-Alpes, où le recours aux intérimaires a dégringolé de 9,7%, notamment à cause d’une baisse généralisée des activités tertiaires (les services marchands et non marchands).
Autre donnée en berne, le recours aux CDI intérimaires. A ne pas confondre avec le contrat d’intérim, ce CDI intérimaire est conclu entre une entreprise de travail temporaire et un salarié pour une durée indéterminée ne pouvant pas excéder 36 mois. Le nombre de «CDII» - qui a diminué de 10% par rapport à la mi-2022 - est passé de 58 048 à environ 52 800 au troisième trimestre 2024. Un recul encore une fois lié à la conjoncture économique, mais pas uniquement. Car pour autant Gilles Lafon, une nouvelle forme de «concurrence déloyale» a fait son apparition ces dernières années : les entreprises font de plus en plus appel à des micro-entrepreneurs, certains secteurs préférant externaliser les missions.
L’intérim, important vecteur d’embauche
Selon Isabelle Eynaud-Chevalier, déléguée générale de Prism’emploi, ces micro-entrepreneurs s’avèrent bien moins onéreux pour les entreprises, avec un coût horaire du travail inférieur de 50,8% à celui d’un intérimaire. Une différence qui pose problème à plus d’un titre, selon Prism’emploi. Tout d’abord pour les travailleurs indépendants, qui ne bénéficient ni de la même couverture sociale que les intérimaires ni de congés payés. Mais c’est surtout pour le futur des travailleurs temporaires que l’association s’inquiète, l’intérim étant une voie privilégiée vers l’emploi. Selon l’étude annuelle 2024 de l'Observatoire de l'intérim et du recrutement (OIR), lors de leur entrée en intérim, seulement 17% de ces travailleurs étaient en emploi, 21% encore en études et 61% sans activité professionnelle. Un an plus tard, 60% d’entre eux étaient en CDI, en CDD ou en intérim.



















