La productivité est-elle encore une notion pertinente de nos jours ?

Être productif, c’est le fait de faire des choses, de produire des résultats, si possible en un minimum de temps. Le terme remonte à l’époque où l’on travaillait à l’usine. Aujourd’hui, alors qu’on travaille principalement dans des bureaux, on a gardé cette notion de productivisme, mais elle n’est plus pertinente. Comment continuer à croire que l’on devrait et pourrait être productif toute la journée ? Le cerveau humain ne fonctionne pas de manière linéaire.

C’est donc normal de ressentir des baisses d’efficacité au cours de la journée ?

Tout à fait. Le cerveau fonctionne par cycles ultradiens de 90 minutes. On a une phase de concentration intense puis l'attention décline naturellement. Ce n’est pas un manque de discipline, de rigueur ou de volonté, c’est biologique ! Dans les métiers intellectuels, on estime, et c'est déjà très ambitieux, qu'entre quatre et cinq heures de concentration profonde par jour est un très bon niveau de performance. Au-delà, la qualité de l'attention baisse, la fatigue cognitive s'installe, les erreurs augmentent…

A quoi ressemble une journée de travail bien organisée ?

Il n’y a pas de réponse toute faite, ça dépend de la nature de l’activité, des fonctions… Ce qui est important, c'est au minimum de respecter des cycles de 90 minutes et de s'octroyer des vrais temps de pause. Notre cerveau a besoin de cette alternance entre mode exécutif et mode par défaut. Le mode exécutif lui permet d'être focalisé sur une tâche précise : la hiérarchisation, la réflexion, la prise de décision, etc.

C'est très énergivore, et ça génère de la fatigue cognitive. Le mode par défaut, c’est le moment où on va relâcher l'attention, en prenant une pause ou en laissant notre esprit vagabonder. Cela permet la consolidation des informations, la créativité, la prise de recul, la projection stratégique… Les deux modes sont donc importants et utiles.

De quelles mauvaises habitudes faut-il se défaire pour aider notre cerveau à récupérer ?

Je pense au multitasking. Il fractionne l'attention et empêche cette alternance pourtant essentielle entre concentration et récupération. Le souci, c'est que beaucoup d'organisations cherchent à imposer à leurs salariés une intensité constante : réunions, notifications permanentes, sollicitations… L’enjeu est collectif, c’est souvent toute la culture d’entreprise qu’il faudrait revoir !

Une autre mauvaise habitude, c’est considérer que scroller sur notre téléphone, c’est faire une pause. En réalité, c’est plutôt un changement de tâche. Une vraie pause, c’est une déconnexion, un temps sans écran : s’étirer, discuter avec un collègue (mais pas du travail !), regarder par la fenêtre, marcher… Ça n’a pas besoin d’être long, cinq à dix minutes suffisent, mais ça change tout pour notre cerveau !