
Il va falloir quelques semaines voire quelques mois pour que les Françaises et les Français s’y retrouvent après le vote serré des députés entérinant la suspension de la réforme des retraites. Je suis né-e en 1964, 65, 66, suis-je concerné-e ou non et avec quelles conséquences ? Chacun devra prendre sa petite calculette et tenter de trouver les bons interlocuteurs et soi-disant «experts» pour tenter de s’y retrouver. Bon courage.
Quoi qu’on pense de cette décision – et dans une démocratie, les représentants du peuple sont heureusement légitimes -, personne ne peut nier qu’elle va rajouter de la complexité au système. Et définitivement enterrer l’idée que le sujet de la retraite est simple et uniforme. Non, ce temps là – béni ou maudit ? – est terminé. Avantage : contrairement aux idées reçues depuis des décennies, la retraite n’est pas, et en tout cas n’est plus, un couperet, tombant du deus ex machina étatique et vous imposant le jour venu une date de départ incontournable et un montant de pension de retraite gravé dans le marbre. Il existe, et aujourd’hui encore plus qu’hier, de nombreux leviers que les Françaises et les Français peuvent exercer pour modifier les conditions, temporelles et financières, de leur date de départ en retraite, tels les rachats de trimestres. Du menu, nous sommes passés à la carte, et c’est tant mieux dans un pays qui a inscrit la liberté dans sa devise nationale et au frontispice de ses bâtiments publics.
Passer du menu à la carte
C’est d’autant mieux que nos compatriotes commencent aussi à comprendre depuis quelques années qu’avec les soubresauts de l’inflation, des taux d’intérêts, de la croissance, de l’emploi et du coût de la vie notamment des prix de l’énergie, la retraite générale – pour ceux qui ont la chance de pouvoir prétendre au taux pleine - et même, pour ceux qui y ont droit, la retraite complémentaire, risquent de ne plus suffire pour leur assurer non seulement un maintien de leur pouvoir d’achat mais même une vie correcte.
Mais une fois identifiés, pour pouvoir actionner les bons leviers afin de profiter de cette retraite «à la carte», encore faut-il que le système réponde présent. C’est là que nous atteignons ce que les anglo-saxons appellent «l’éléphant dans la pièce», le problème que beaucoup de gens connaissent mais ne veulent pas aborder pour ne pas mettre, selon notre expression à nous «les pieds dans le plat».
Complexité croissante
Notre système français de gestion des différents systèmes de retraite n’est plus du tout adapté à la complexité croissante résultant des réformes successives. Que ce soit humainement ou informatiquement. On vous dit le contraire mais c’est faux. Dans les différentes caisses de retraite, surtout celles qui sont en sous-effectifs, qui traitent le plus de dossiers ou les situations les plus complexes, les agents et cadres sont débordés, dépassés, découragés. Les dossiers s’entassent et les délais de traitement s’allongent. Il faut souvent plusieurs mois et malheureusement parfois plusieurs années pour réparer une anomalie, rétablir un trimestre mystérieusement disparu, corriger une erreur – et, tenez-vous bien chaque relevé de carrière en contient au moins près d’une dizaine en moyenne – et amorcer enfin le paiement des arriérés. Retraités qui attendiez cet argent pour vivre, prenez votre mal en patience, l’attente ne fait que commencer.
Nous sommes face à une trop grande diversité de caisses et face à une administration qui ne sait plus comment gérer cette complexité croissante, ce sur-mesure quand elle a été bâtie pour ne faire que du prêt-à-porter. Manque d’expertise, de suivi, de bras et de cerveaux face à la segmentation et la stratification du système. Le symptôme déjà existant est l’embolie, la suspension de la réforme (comme sa mise en place) ne fait que rajouter à l’existant. La situation économique ralentit certaines actions comme le rachat de trimestre. Enfin, le système ne permet pas de résoudre les cas particuliers. Si on a besoin d’automatisme et d’engagement réel des équipes administratives, c’est surtout le traitement de chaque dossier qui doit faire la différence. Or, le système est déshumanisé, sans sensibilité à l’humanité et à l’individu. A la gestion doit se greffer le conseil, l’expertise. On en est loin.
Notre administration est trop éloignée de la gestion réelle, des gens comme des chiffres. Nous ne pouvons que constater une défaillance du système, de plus en plus inadapté face aux réalités économiques.
C’est VOTRE argent
Ce constat négatif ne doit pas nous faire basculer dans la sinistrose. La situation doit évoluer mais elle le peut. Exemple de signe positif : la retraite progressive qui se met en place et permet de faire bouger les lignes.
Il y a une raison qui impose d’améliorer au plus vite l’état de chose actuel très imparfait : il s’agit de l’argent des Françaises et des Français, il faut le rappeler avec force. Cet argent, fruit de leur travail et de leurs cotisations, leur est dû, ils doivent le récupérer, et les difficultés de l’administration à s’adapter à la complexification du système ne fait rien à l’affaire. Mais si notre système doit se reprendre en main au plus vite, cela n’exclut pas que les retraités et surtout futurs retraités contribuent à mettre de l’huile dans la machine. En suivant quelques conseils simples : penser à se renseigner, interroger sa caisse, enquêter pour retrouver les trimestres perdus, apprendre à faire la différence entre âge légal, taux plein, taux minoré ou majoré, ne jamais faire confiance aux éléments automatiques transmis par les caisses de retraites, et surtout, surtout ne pas faire confiance aux chiffres et aux statistiques sorties de leur contexte. C’est à ces conditions que vous pourrez – et c’est possible ! - reprendre le pouvoir sur votre départ en retraite.

















