Pour donner la mesure de son nouveau job, Luca de Meo utilise une métaphore inattendue, lui le fan de musique électronique et DJ à ses heures. "C’est comme si j’étais face à une énorme table de mixage dont il faut complètement changer les réglages. Je dois tourner tous les boutons, et parfois il y a beaucoup de résistance, s’amuse dans un français impeccable le patron italien, qui reçoit au Technocentre de Guyancourt (78), déserté pour cause de Covid. Il m’arrive de casser un peu !"

La patte du nouveau directeur général n’est pas encore visible dans les concessions. Mais à partir de sa prise de fonction en juillet 2020, une révolution silencieuse s’est mise en marche au sein du groupe Renault. "Depuis son arrivée, il insuffle un rythme très soutenu dans l’entreprise", confie Clotilde Delbos, la numéro 2 du groupe. Au bas mot du 140 "bpm" (battement par minute), une cadence à laquelle les membres du comex de Renault n’étaient plus habitués. En posant ses valises au siège du quai le Gallo, à Boulogne-Billancourt, le manager italien de 53 ans s’est toutefois bien gardé de couper des têtes. Ce n’est pas dans sa nature.

Et puis, son diagnostic est clair : le groupe Renault (Renault, Dacia, Alpine, Lada) a toutes les compétences nécessaires pour réussir. Ce qui lui manquait, c’était le bon cap. "La boîte a été tournée vers la recherche de la croissance, l’hypothèse était que la taille et les synergies potentielles avec l’Alliance (Renault-Nissan-Mitsubishi) donneraient un avantage compétitif en coût, ce qui aurait permis de gagner de l’argent. Mais ça ne s’est pas produit, analyse le nouveau DG. On avait promis de vendre plus de 5 millions de voitures en 2022, or à son maximum, en 2019, Renault en a écoulé 3,6 millions."

Luca de Meo prend les commandes alors que la situation financière du constructeur est très dégradée. En 2020, le chiffre d’affaires a reculé de 22%, à 43,5 milliards d’euros. Les pertes, historiques, ont atteint 8 milliards d’euros. Au-delà de la crise sanitaire, le groupe doit se remettre de deux ans de traumatisme managérial. La chute de Carlos Ghosn, arrêté au Japon en novembre 2018, bien sûr ; le mauvais écho autour de la marque, tandis que des investigations ont aussi été menées en France, l’ex-grand patron étant soupçonné d’abus de biens sociaux ; l’intermède raté de Thierry Bolloré pendant un an ; la perte de confiance entre Renault et son partenaire Nissan… Tout est à reconstruire.

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