Une page se tourne chez Renault. Le départ surprise annoncé du directeur général Luca de Meo, effectif le 15 juillet 2025, ouvre une nouvelle ère pour le constructeur automobile français, devenu récemment rentable. Rappelons que sous sa direction depuis cinq ans, Renault a atteint une marge opérationnelle de 7,6% en 2024, un niveau inédit dans son histoire, alors qu’il affichait une perte record de 8 milliards d'euros en 2020. Le conseil d’administration de Renault va devoir procéder au choix délicat de trouver un dirigeant pour poursuivre la transformation engagée sous la houlette de Luca de Meo. L’État français, actionnaire important du groupe, surveille de près cette transition qui déterminera l’orientation industrielle, technologique et environnementale de Renault pour les années à venir. Il est important de rappeler également que Luca de Meo laisse les équipes avec un gros chantier sur les bras : le futur plan stratégique nommé Futurama, dont la présentation publique doit intervenir à la fin d’année. Il vise à confirmer les solides performances commerciales et financières réalisées par le constructeur français l'an dernier. Le départ de Luca de Meo a fait l’effet d’une bombe en interne et le délégué central CGT se montrait sur France info hier très critique sur la façon dont le capitaine était en train de quitter le navire.

Les paris sont ouverts sur le futur patron de Renault

Alors qui pour reprendre le volant chez Renault ? Les spéculations vont bon train chez les analystes financiers et quelques noms de candidats commencent à se dégager. Il y a d’abord Denis Le Vot, l’actuel directeur général de Dacia et de la division véhicules utilitaires de Renault. Ce dernier a comme gros avantage d’avoir une connaissance approfondie du groupe. Entré chez Renault en 1990, il incarnerait la stabilité en cas de nomination. Par ailleurs, sa gestion réussie de Dacia, qui a atteint une part de marché de 3,9% en Europe en 2024 et une marge opérationnelle record à près de 12%, avec une montée en gamme bien orchestrée, constitue un atout majeur.

Autre candidat sérieux ? Gilles Le Borgne, l’homme fort de l'ingénierie chez Renault depuis 2020. Il a en effet joué un rôle clé dans le développement des véhicules électriques du groupe. Son expertise technique et son engagement en faveur de l'innovation lui confèrent une stature reconnue en interne et pourraient le propulser sur le devant de la scène.

En externe, le nom de Maxime Picat, actuellement chez Stellantis, revient régulièrement. À 51 ans, cet ingénieur des Mines entré chez PSA (Peugeot-Citroën) dès la fin de ses études, il a gravi rapidement les échelons pour atteindre la direction de la marque Peugeot, puis celle de la zone Europe pour tout le groupe avant d’être nommé directeur monde des achats et de la logistique. Il est reconnu pour son expertise en matière de stratégie industrielle et de développement international. Déjà pressenti par Renault en 2019, il pourrait cette fois se laisser séduire, d’autant qu’il a été écarté de la succession de Carlos Tavares au profit d’Antonio Filosa à la tête de Stellantis. Toutefois, une clause de non-concurrence et son adaptation à la culture Renault pourraient ralentir sa prise de fonctions.

Le nom de Wayne Griffiths fait aussi surface. L’ex-patron de Seat et Cupra (deux marques du groupe Volkswagen) a quitté de lui-même ses fonctions en avril 2025. Son départ a surpris, tout comme son ascension express quelques années plus tôt : nommé en 2020, il avait contribué à faire de la nouvelle griffe Cupra une marque à part entière, tournée vers l’électrique. Son parcours impressionne. Pour l’analyste allemand Matthias Schmidt sur LinkedIn, il serait un bon choix.

Et si personne ne fait l’affaire rapidement ? L’actuel président du conseil d'administration de Renault, Jean-Dominique Senard (72 ans) pourrait-il envisager un rôle plus opérationnel ? Son expérience, sa connaissance approfondie de l'entreprise et son autorité morale en font un candidat naturel pour assurer, au moins un temps, la continuité stratégique.

Enfin, la liste ne serait pas complète sans évoquer Thierry Piéton. Dans une note toute récente, la société de courtage Bernstein évoque le cas de l’ex-directeur financier de Renault. Parti début 2025 chez Medtronic, un groupe américain dans les technologies de la santé, Thierry Piéton conserve, selon Bernstein, une expertise précieuse qui serait utile pour Renault. Cependant, selon Renaud Kayanakis du cabinet Sia Partners, contacté par Capital «il n’est pas certain qu’un financier soit placé à la tête du groupe pour piloter le futur plan stratégique, très orienté produits et marchés».

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