
Tesla commente de façon rarissime les rumeurs de presse. Mais l’entreprise américaine ne pouvait pas se taire devant des informations aussi sensibles. En effet, le 1er mai, le Wall Street Journal a jeté une bombe dans les milieux financiers en évoquant un éventuel plan de succession chez le champion de la voiture électrique, alors qu’Elon Musk règne sur le groupe depuis bientôt 17 ans. Selon le journal américain, le conseil d’administration de Tesla aurait pris langue avec plusieurs cabinets de chasseurs de tête afin de préparer la quête d’un nouveau directeur général. «Absolument faux», a commenté Robyn Denholm, la discrète présidente du conseil d’administration en question. Pour ne rien gâcher, le quotidien a maintenu ses informations.
Difficile de dire qui dit vrai. En tout cas, devant les médiocres résultats de Tesla, certains investisseurs jugent le scénario crédible, voire souhaitable. Après avoir connu une croissance insolente, la coqueluche du secteur automobile a vu ses livraisons commencer à diminuer (-1%) en 2024. C’était bien pire au premier trimestre de 2025 : les livraisons ont chuté de 13% sur un an. Depuis le début de l’année, l’action Tesla a perdu le quart de sa valeur en Bourse. Et Elon Musk dans tout cela ? Il a la tête ailleurs, occupé au «ministère de l’efficacité gouvernementale» aux côtés du président américain Donald Trump. Une distraction qui a accentué les tensions au sein du conseil d’administration, selon le Wall Street Journal.
Elon Musk ou les administrateurs : qui a le pouvoir chez Tesla ?
D’un point de vue légal, Elon Musk pourrait-il perdre son poste de directeur général ? «Oui, le conseil d'administration peut démettre le directeur général. Un simple vote à la majorité suffit», indique à Capital Ann Lipton, experte en gouvernance d’entreprise au sein de l’université Tulane (Etats-Unis). La nomination du directeur général revient également au conseil d’administration. Et dans ce cadre, les statuts de Tesla confirment que le comité des nominations du conseil d’administration peut tout à fait missionner des cabinets de chasseurs de tête.
Voilà pour la théorie. En pratique, il est plus difficile d'imaginer une trahison du conseil d’administration. La justice américaine s’était déjà penchée sur les rouages de Tesla lorsqu’elle avait rejeté l’extravagant plan de rémunération à 50 milliards de dollars d’Elon Musk… Dans un document de 201 pages, le tribunal du Delaware mettait en avant l’indépendance douteuse des membres du conseil d’administration, au nombre de huit. Parmi eux ? Kimbal Musk, le frère d’Elon. James Murdoch, fils du magnat des médias Rupert Murdoch, et un vieil ami du directeur général, parti plusieurs fois en vacances avec lui. Ira Ehrenpreis, un partenaire d’affaires de longue date des frères Musk. Robyn Denholm, qui doit une large partie de sa fortune à son siège chez Tesla. Avec une telle composition, le conseil d’administration semble plutôt acquis à Elon Musk.
Quand Elon Musk parlait de poursuivre sa carrière en-dehors de Tesla
Il reste une possibilité : une abdication d’Elon Musk, en accord avec le conseil d’administration. «Quoi qu’il se passe, ce sera la volonté d’Elon», a commenté Ross Gerber, investisseur historique de Tesla, au micro de Bloomberg. Selon lui, Elon Musk s’intéresse désormais davantage à xAI, son entreprise dédiée à l’intelligence artificielle, qu’aux voitures. «L'objectif d'Elon est de poursuivre la course à l'intelligence artificielle. Et s'il ne se concentre pas sur l'IA maintenant, il va prendre beaucoup de retard par rapport à des concurrents très coriaces», tels que Facebook, Google, Microsoft et OpenAI. Une prédiction pas totalement insolite. Début 2024, Elon Musk avait prévenu les investisseurs : faute de détenir 25% des droits de vote du groupe automobile, «je préférerais construire des produits en dehors de Tesla».
Elon Musk a longtemps été considéré comme un patron indéboulonnable, tant il incarnait la marque. A la différence de ses concurrents, qui dépensent tant en publicités, Tesla se contente toujours de «keynotes» où Elon Musk se donne en spectacle. Mais cette popularité bat de l’aile avec les prises de position ultra-conservatrices de l’industriel, qui amène certains consommateurs à boycotter ses produits (dont Starlink). La chute de Tesla en Bourse a aussi fragilisé la confiance de certains investisseurs, y compris chez ceux qui ont longtemps parié à la hausse. Etonnamment, la date de l’assemblée générale de Tesla n’a toujours pas été fixée pour 2025. Il faut dire que le bilan de l’année passée est plus difficile à défendre.



















