Passer du petit club à la marque grand public. C’est la mission que s’est fixée Ionity, l’un des protagonistes de la recharge en Europe avec Driveco, Electra, Powerdot… Malgré la tempête sur le marché de la voiture électrique, l’entreprise tente d’amorcer une nouvelle phase de croissance. Elle vient de débaucher son PDG, Jeroen van Tilburg, chez le concurrent le plus célèbre, Tesla. De passage en France ce jeudi 6 février, le dirigeant a annoncé à Capital l’installation de futures stations près des grandes métropoles de l’Hexagone.

En 2024, Ionity a passé le cap des 4 000 points de recharge. Répartis dans 24 pays européens, ces bornes se situent principalement aux abords des grands axes routiers. Difficile de se contenter de ce marché : selon l’entreprise, le plein sur autoroute représente seulement 10% des sessions de recharge. «Nous avons débloqué le voyage en voiture électrique sur de longues distances. Maintenant, nous allons débloquer son utilisation dans des métropoles comme Paris», projette Jeroen van Tilburg. Objectif : couvrir les 10 plus grandes agglomérations françaises d’ici 2028. Accessibles à toutes les marques de voiture électrique, des stations Ionity sont déjà opérationnelles aux alentours de Grenoble, Lille, Montpellier et Toulouse.

Ionity cible les propriétaires de voiture électrique qui n’ont pas de borne

Les propriétaires de voiture électrique se rechargent à domicile en très grande majorité (dans 86% des cas, selon Enedis). Mais chez les Français qui vivent en immeuble, 26% sont obligés de se reporter sur les bornes publiques comme celles d’Ionity. «Beaucoup d’automobilistes n’ont pas de solution de recharge à leur domicile ou à leur travail», souligne Brieuc de Tonquédec, responsable du réseau français chez Ionity.

Les bornes de faible puissance installées dans la rue ne correspondent pas vraiment aux attentes, ajoute Brieuc de Tonquédec. Ionity a plutôt fait le pari de bornes «haute puissance» qui permettent de recharger les batteries de 20% à 100% en une trentaine de minutes. «Les utilisateurs préfèrent aller se recharger quand ils vont faire les courses. Ils se rechargent pendant 30 minutes et ils sont bons pour la semaine», décrit-il. Comme plusieurs acteurs de la recharge, Ionity s’est allié à une chaîne de supermarchés : l’entreprise dispose d’une vingtaine de stations sur les parkings de la Coopérative U (Super U, Hyper U…).

Prix de la recharge : Ionity veut rester compétitif

À la création d’Ionity, en 2017, le réseau assumait son positionnement premium. D’autant plus qu’il était lancé par un consortium de constructeurs automobiles majoritairement allemands (BMW, Mercedes-Benz, Volkswagen, complétés par Ford et Hyundai-Kia). «Dans le passé, nos prix étaient aussi perçus comme des tarifs premium. Ce n’est plus forcément vrai», fait valoir Jeroen van Tilburg qui revendique des prix «compétitifs». Chez Ionity, il faut compter une vingtaine d’euros pour «faire le plein» pour un véhicule de type Tesla Model Y : cela correspond à un tarif de 33 centimes par kilowattheure (kWh) avec un abonnement de 11,99 euros par mois, ou 39 centimes par kWh avec l’abonnement de 5,99 euros par mois. Il est aussi possible d’utiliser les stations sans abonnement, en payant avec son téléphone.

Avec une forte compétition entre les acteurs de la recharge, Ionity s’attend à ce que le prix du kilowattheure reste bas. D’autant plus que la demande reste relativement stable avec l’affaiblissement des ventes de voitures électriques. Ionity ne publie pas ses résultats financiers mais se dit en bonne santé avec un résultat avant intérêts et impôts (Ebitda) positif. Les discussions chez les décideurs européens restent un motif d’inquiétude, alors que les constructeurs automobiles militent pour un assouplissement des objectifs en matière d’émissions CO2. «Si les objectifs ne sont pas faciles à atteindre, cela ne signifie pas qu'il faille les assouplir, mais plutôt qu'il faut redoubler d'efforts pour les atteindre», milite de son côté le PDG d’Ionity.