Depuis 2019, des associations et collectifs testent au niveau local l'efficacité de la «Sécurité sociale de l'alimentation», avec une quarantaine d'expérimentations. L'objectif, comme le rappelle RMC Conso, est de mesurer les impacts sociaux, économiques et sanitaires d'une telle loi si elle venait à être promulguée sur le territoire national. A Bordeaux par exemple, 150 étudiants tirés au sort ont bénéficié, pendant neuf mois, de 100 euros versés en monnaie locale pour acheter des produits dans des magasins conventionnés, contre une cotisation volontaire de 12 euros en moyenne. À Cadenet, village du Vaucluse, l'association Au maquis présidée par Éric Gauthier s'est chargée de chapeauter un projet identique. Les retours des personnes tirées au sort, note t-il, sont «100% positifs. Cela a transformé les pratiques alimentaires des participants, qui sont fiers de participer à la prise de décision

Les résultats sont donc assez intéressants pour que les députés écologistes les placent au cœur d'une proposition de loi qui sera examinée ce 20 février à l'Assemblée. Il ne s'agit pas, pour l'heure, de demander sa concrétisation, mais de soutenir financièrement les expérimentations locales. L'autre but de cette proposition de loi est de poser les bases du débat sur ce concept reposant sur le droit à l'alimentation pour tous. Une urgence, car la précarité alimentaire en France touche une personne sur six, selon une étude du Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) menée en 2023. Le concept repose sur trois piliers : une carte créditée de 150 euros par mois pour tous, le financement par des cotisations sociales et le conventionnement de produits ou magasins en fonction de critères sociaux, environnementaux et de santé.

Coût estimé de cette mesure : 120 milliards d'euros

A terme, cette Sécu de l'alimentation permettrait – c'est en tout cas ce qu'espèrent ses défenseurs – de sortir du système d'aide alimentaire actuel et reposant sur le tissu associatif et les subventions qui le font vivre. Il serait aussi un levier efficace contre la malbouffe, puisque les produits considérés comme mauvais pour la santé ne seraient pas conventionnés. Pour Charles Fourier, député écologiste à l'origine de cette proposition de loi, «aujourd'hui, les dépenses de santé sont faramineuses, on a un système alimentaire défaillant qui coûte très cher, donc il s'agirait de faire un transfert de dépenses déjà existantes».

Autre avantage, et pas des moindres : le système permettrait une meilleure rémunération des agriculteurs grâce au conventionnement d'aliments produits localement. Le hic, c'est le coût : 120 milliards d'euros, voilà ce que pourrait coûter la Sécu de l'alimentation, en plus des 666 milliards d'euros de dépenses prévisionnelles de la sécurité sociale (pour 2025). Charles Fourier l'admet : «L'heure d'une véritable sécurité sociale de l'alimentation n'est peut-être pas tout à fait venue. Il faut tester des modèles économiques, pour voir si cela pourrait marcher». Mais selon le parlementaire, lancer le débat est une étape importante «pour réfléchir à ce que cela pourrait donner