Derrière les catastrophes climatiques, il est aussi souvent question de souveraineté alimentaire. En l’occurrence, les pluies torrentielles survenues en Espagne dans la nuit du 30 au 31 octobre, ont provoqué des inondations dévastatrices dont les conséquences se font sentir jusque dans les supermarchés français. Quelques jours après la tragédie, le distributeur Carrefour a averti ses clients français, via son application mobile, de possibles ruptures de stocks. «En raison des intempéries en Espagne, certains fruits et légumes peuvent momentanément manquer en rayon», pouvait-on y lire, avant que l’enseigne ne tienne à rassurer en affirmant que le message était purement «préventif» et que «tout est totalement revenu à la normale».

L'enseigne Intermarché, contactée par Capital, confirme toutefois le risque de répercussion sur l’approvisionnement en agrumes espagnols, «sans vision précise pour le moment». Leclerc n'a pas répondu à temps à nos sollicitations, mais selon le Figaro, de nombreuses enseignes ont également fait part de difficultés à proposer certains produits aux consommateurs, en particulier les fruits et légumes dits «ratatouilles» : tomates, aubergines, courgettes, poivrons, etc.

Des sols gorgés d’eau et des routes impraticables

La région de Valence, connue pour ses productions d’agrumes, a été la plus touchée, provoquant des difficultés d’approvisionnement en clémentines et en oranges. À cette période de l’année, les clémentines sont généralement ramassées et stockées pour mûrir, mais après une semaine de pluies diluviennes, les sols se retrouvent gorgés d’eau, et les fruits pourraient en venir à pourrir sur place. «La question est de savoir quand les intempéries vont se calmer pour connaître définitivement l’impact de ces événements sur la production espagnole», explique Olivia Detroyat, journaliste au Figaro, spécialiste des questions agroalimentaires, interrogée sur BFMTV ce mardi matin. De là dépendra la situation dans les rayons des supermarchés français.

Aux dégâts de production s’ajoutent, pour certains distributeurs, des difficultés d’acheminement, liées à l’état des routes dans les provinces de Tarragone et de Castellon. Les transporteurs espagnols font face à des trajets rallongés en raison des routes coupées, notamment celles menant à Barcelone, elle-même en alerte rouge aux pluies. Certains camions se retrouvent ainsi bloqués sur des routes impraticables.

La moitié des fruits et légumes consommés en France est produite en Espagne

Pour le moment, point de pénurie, il n’y a pas de quoi s’alarmer. D’autant que l’urgence est encore de secourir les vies humaines, avant de sauver les clémentines pour Noël. Mais cette situation révèle la forte dépendance de la distribution française aux importations étrangères, notamment espagnoles. Selon le ministère de l’Agriculture, plus de la moitié des fruits et des légumes consommés en France sont importés d’Espagne, fréquemment baptisée le «potager de l’Europe», qui fournit à la France 77% de ses importations de courgettes, 84% des concombres, 79% des artichauts, 76% de la salade, mais aussi 61% des fraises, 85% des abricots ou encore 94% des pêches-nectarines, estime France AgriMer.

Une situation qui rend d’autant plus urgente l’ambition du ministère de l’Agriculture d’accroître la part de la production française dans la filière pour limiter les importations, conformément aux vues du «plan de souveraineté» annoncé en mars 2023. L’objectif est de faire passer la production nationale de 50 à 55% de la consommation de fruits et légumes d’ici à 2030.