
Qualité des produits incertaine, absence de garanties ou de service après-vente… Pour lutter contre ces freins à l’achat de seconde main, toutes les jeunes pousses présentées ici ont développé des fonctionnalités exclusives. Depuis Buycycle, qui a conçu des emballages sécurisés pour l’expédition de ses vélos haut de gamme d’occasion. Jusqu’à Underdog, dont les techniciens viennent installer à domicile l’électroménager reconditionné. Sans oublier Deuzio et leur logiciel capable d’évaluer automatiquement la valeur des jeux de société proposés à l’achat. Autant de services qui permettent à ces entrepreneurs d’envisager de développer leur business, souvent à l’ombre des géants de leur secteur, comme Decathlon ou Fnac Darty.
Buycycle : ses vélos d’occasion prennent la roue de Decathlon et d’Intersport
Dans le sport aussi, les spécialistes de la seconde main concurrencent les enseignes traditionnelles. A l’image de Buycycle, un site allemand de revente de bicyclettes haut de gamme lancé en 2021 par trois passionnés de vélos de course. «Buycycle est le fruit de nos propres déconvenues en la matière, face au manque de garanties et à la complexité de la logistique. Notre plateforme offre une expédition simplifiée et des descriptions claires des articles revendus», indique Théo Golditchuk, jeune cofondateur de la société, et adepte du triathlon. Ce site Internet met donc en relation des propriétaires de vélo premium avec des acheteurs du monde entier, tout en assurant l’ensemble de la livraison, service pour lequel il se rémunère par une commission.
Dans le détail, le vendeur reçoit un carton spécialement conçu pour de tels produits volumineux, puis la plateforme organise la collecte et le transfert via un transporteur. Depuis septembre 2025, Buycycle a élargi son offre à d’autres équipements sportifs (chaussures de running, ski, surf…) en rachetant un acteur français, Everide, en difficulté financière. Cette acquisition pourrait faire de la start-up un nouveau concurrent de choc à Decathlon et Intersport. Même s’ils commencent à proposer de la seconde main dans leurs rayons, les deux distributeurs tirent toujours l’essentiel de leur chiffre d’affaires de la vente de matériel neuf. «La France est l’un des marchés les plus stratégiques pour nous, avec une croissance prévue en 2025 parmi les plus élevées de tous les pays où nous opérons», note Théo Golditchuk, qui entend bien changer de braquet et continuer d’accélérer.
Deuzio : ses jeux reconditionnés sont 40% moins chers que les neufs
Après avoir expérimenté un temps la location de jeux pour enfants, en ciblant les crèches, Adrien Valentin et Baptiste Hasbrouck ont réorienté leurs affaires, il y a trois ans, vers l’achat-revente, plus rentable. Ces deux quadras bordelais, qui s’étaient rencontrés vingt ans plus tôt sur les bancs d’une école de commerce tourangelle, ne regrettent pas ce changement de cap. Portée par l’essor du jeu d’occasion, un marché estimé à plus de 330 millions d’euros en 2024 en France, selon le baromètre Circana, leur jeune pousse Deuzio affiche déjà un excédent brut d’exploitation positif. «Nous avons collecté 128 000 jeux en 2025 et sommes en plein déménagement afin de doubler la superficie de notre entrepôt», confie Baptiste Hasbrouck.
Les articles sont récupérés auprès de ses enseignes partenaires – parmi lesquelles Cultura, Fnac, Carrefour, Monoprix, Auchan ou encore Kidkanaï, filiale de Kiabi. La start-up les accompagne dans l’aménagement de leur rayon dédié aux jeux (de société ou vidéo) de seconde main et leur donne accès à son application, laquelle détermine automatiquement le prix de rachat d’un jouet en scannant son code-barres. Chaque jeu, acquis auprès des clients en échange d’un bon d’achat valable dans l’enseigne, est réacheminé dans les entrepôts bordelais de Deuzio afin d’être vérifié et reconditionné, avant d’être redistribué en magasin pour y être revendu environ 40% moins cher que le neuf.
Underdog : son électroménager remis à neuf développe l’emploi local
Seuls 3% des 10 millions de gros appareils électroménagers dont nous nous débarrassons chaque année sont reconditionnés… C’est dire le potentiel de croissance qui attend Claire Bretton et les deux cofondatrices d’Underdog, une société créée en 2022 et spécialisée dans la remise sur le marché de lave-linge, frigos et autres lave-vaisselle usagés. Chaque mois, plus de 800 machines sortent déjà de ses ateliers basés à Nantes, après avoir été collectées auprès des partenaires de la plateforme, distributeurs et transporteurs. A la dizaine de catégories existantes, cet «outsider» (traduction d’underdog) a récemment ajouté les écrans plats. Mais aussi, depuis décembre, les robots de cuisine Thermomix, suite à un partenariat avec l’allemand Vorwek.
A la clé, pour les clients passant commande (en ligne ou en se rendant dans l’entrepôt nantais) : une réduction moyenne de 30%, voire parfois de 50%, sur le prix du neuf, pour des appareils installés à domicile par des techniciens, et garantis deux ans. En plus de prolonger la durée de vie de notre électroménager, la société s’est fixé pour mission de développer l’emploi local. Sur la cinquantaine de salariés qu’elle emploie, une trentaine sont en effet des techniciens, travaillant dans les ateliers. Underdog a même créé son propre programme de reconversion et de formation, d’une durée de trois mois. «Si l’on veut passer d’un taux de 3 à 15% d’appareils reconditionnés, il faudrait pouvoir recruter 2 700 techniciens», indiquait Claire Bretton, cet été, à Capital.
Rejouis : un vibrant succès pour ses sextoys recyclés
Lancée en avril 2024 à Briouze dans l’Orne, la bien nommée plateforme de sextoys reconditionnés Rejouis.fr fait déjà figure de petit «Amazon érogène», avec ses quelque 400 références proposées à la revente. «Le sextoy est en passe de devenir un produit de grande consommation, plus d’un Français sur deux en a déjà utilisé», confie Bénoni Paumier, son fondateur, qui s’est attribué la fonction de «Chief Pleasure Officer», littéralement «Responsable du plaisir». Depuis ses débuts, il a déjà commercialisé 3 000 de ces auxiliaires sexuels, collectés via son propre site ou ses partenaires, parmi lesquels l’enseigne Passage du désir, grand spécialiste de ces joujoux olé olé.
Afin de convaincre ses clients d’opter pour des anneaux vibrants qui ont déjà vu le loup ou des godemichés qui ont connu le grand plongeon, Rejouis ne badine ni sur la sélection, ni sur l’hygiène. «Nous ne reprenons que les marques reconnues et proscrivons les matériaux poreux, pour des questions sanitaires.» Chaque sextoy collecté – en général, contre un bon d’achat de 5 à 10 euros – passe par un premier bain de désinfection, une mise en quarantaine puis un bombardement de rayons ultraviolets, comme s’il s’agissait de matériel gynécologique. Boostées par ses best-sellers – le stimulateur clitoridien par air pulsé de l’allemand Womanizer ou les godemichés alsaciens Krapulle –, ses ventes bondissent de 15% chaque mois. Au point que l’entrepreneur prévoit de lancer, dès 2026, une nouvelle unité de production, afin de doubler sa capacité. Et peut-être même recruter un quatrième salarié, ce qui ne gâcherait rien au plaisir.
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