
En ce jour d'août 2050, les gendarmes de la section de recherche de Versailles se congratulent. Ils viennent d’élucider un crime qui les tenait en haleine depuis le 24 novembre 2049. Ce matin-là, le corps criblé de balles d’une jeune femme est découvert sur l’asphalte d’un parking des Yvelines, entre deux voitures abandonnées et une rangée de bennes à ordures. La victime est méconnaissable, le visage défiguré par les coups, les dents brisées.
Ni les tests ADN ni les empreintes digitales ne permettent de l’identifier. Les experts de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) se mettent alors au travail en s’appuyant sur des outils désormais bien rôdés. D’abord, avec le scanner 3D du plateau de médecine légale, les anthropologues réalisent une minutieuse reconstruction de ses traits. Puis le portrait est soumis au logiciel de reconnaissance faciale. Bingo : l’inconnue a un nom, une histoire.
Une innovation issue du projet "Janus"
Le mystère reste pourtant entier. S’agit-il d’un crime crapuleux ? D’un règlement de comptes sur fond de narcotrafic ? D’un féminicide ? Les indices sont minces. Au sol, près du corps, les limiers de la police technique et scientifique ont retrouvé un téléphone portable, les clés de l’un des deux véhicules et une arme de poing. Toutes les pistes explorées restent stériles.
C’est la reproduction en 3D de la scène de crime qui a permis aux gendarmes de résoudre l’énigme. Modéliser les lieux d’un homicide ou d’un accident à partir d’images prises par un drone, ils savent faire depuis longtemps. Mais le “projet Janus”, amorcé dès 2022, a permis d’aller plus loin grâce aux technologies immersives. Vingt-huit ans plus tard, l’outil est utilisé au quotidien par la gendarmerie, la police et la justice.
Tester des hypothèses en grandeur nature
En 2050, il suffit aux enquêteurs et aux magistrats, même à distance les uns des autres, de s’équiper d’un casque de réalité virtuelle pour se retrouver au milieu du jumeau numérique de la scène de crime. A l’aide d’outils virtuels activés par commande vocale, ils prennent des mesures, consultent des éléments du dossier, projettent des cartes ou des vues aériennes, ou encore examinent les scellés.
Ils peuvent aussi tester des scénarios, confronter les déclarations des témoins et des mis en cause ou même procéder à une reconstitution - sans les coûts onéreux liés au transport sur place des avocats, des juges d’instruction, des enquêteurs, des témoins et des mis en examen. Les spécialistes de la balistique et de l’analyse des traces de sang, eux, testent leurs hypothèses en grandeur nature.
Un outil précieux pour élucider les "cold cases"
“On s’est inspirés des technologies des jeux vidéo multijoueurs”, raconte le lieutenant-colonel Mikaël de Miras, ingénieur en traitement du signal et chef adjoint de la division criminalistique, ingénierie et numérique de l’IRCGN. C’est lui qui, pendant des années, a piloté le projet Janus avec le polytechnicien Aurélien Harcaut et le major Sébastien Damman, un autre spécialiste du traitement du signal.
Au fil des ans, leur petit bijou de technologie a permis de résoudre de multiples cold cases, ces affaires sur lesquelles les enquêteurs se cassent les dents pendant d'interminables années. Et de doper le taux d’élucidation des crimes commis en France.
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