
L’été 2050 sera l’un des plus brûlants de mémoire de terrien. Alors que Météo France relevait, en moyenne, 12 jours de canicule par an entre 2013 et 2022, c’est près de 30 qui sont annoncés d’ici à la fin de septembre. Ces dernières semaines, le mercure a tutoyé les 50 degrés. Quant aux précipitations, c’est tout l’un ou tout l’autre. Soit elles se font attendre pendant des mois, assoiffant la terre et asséchant les rivières. Soit elles noient villes et campagnes sous des torrents d’eau.
Pendant des décennies, de rapports en conférences, les experts ont tiré frénétiquement la sonnette d’alarme. En juin 2025, ils avaient prévenu : c’en était fini de l’objectif un peu fou, fixé par l’Accord de Paris dix ans plus tôt, de limiter à 1,5 degré la hausse des températures. “Le réchauffement d’origine humaine a augmenté à un rythme sans précédent dans les mesures instrumentales, atteignant 0,27°C par décennie sur 2015-2024”, concluait une étude cosignée par une soixantaine de scientifiques de renom. Rien n’y a fait.
“On a retrouvé la complicité avec l’eau, les arbres, l’ombre, les courants d’air”
Alors il a fallu s’adapter. Et pour commencer, repenser la cité pour la rendre aussi vivable que possible. Renouer avec quelques vieilles habitudes, comme l’usage des volets et des fontaines. Bannir certaines aberrations, telles les baies vitrées exposées plein sud qui invitent les rayons du soleil dans les logements, ainsi que les surfaces minérales qui affolent le thermomètre. Il a fallu comprendre, aussi, que la nature était notre meilleure alliée dans ce combat. “On a retrouvé la complicité avec l’eau, les arbres, l’ombre, les courants d’air”, se réjouit l’architecte et urbaniste Patrick Baggio, de l’agence A26.
Des solutions vieilles comme le monde ont repris des couleurs : le puits provençal, une technique utilisée par les Romains qui fait circuler l’air extérieur dans le sol pour le refroidir avant qu’il entre dans l’habitation ; la tour à vent des Perses qui pousse l’air frais vers le bas et expulse l’air chaud. Et les nouvelles habitations sont traversantes, comme autrefois, pour favoriser la ventilation naturelle. Jean-Jacques Roux, le directeur général des services de la commune varoise de Cuers, l’avait prédit dès 2025 : “On va revenir aux pratiques anciennes des pays du Sud”, pariait l’architecte du projet alors pionnier baptisé “Ville basse température”.
Limiter au maximum la minéralisation des sols
En 2050, les pros de la construction font la part belle à la nature, notamment à travers les matériaux biosourcés. En clair : ils sont issus d’une matière organique renouvelable, d’origine végétale surtout, tels le chanvre, la paille de riz, le liège ou le lin. La terre cuite est très prisée des bâtisseurs, elle aussi. Fabuleux exemples d’architecture verte, les forêts verticales de l’Italien Stefano Boeri et les tours-arbres du Belge Vincent Callebaut restent néanmoins réservées aux happy few capables de supporter les coûts d’entretien astronomiques.
Aujourd’hui, les plans locaux d'urbanisme imposent aux constructeurs un “coefficient de pleine terre” - le pourcentage de la superficie de la parcelle réservé aux espaces verts. “L’objectif est de limiter au maximum la minéralisation des sols, synonyme de stockage de chaleur”, précise Anne Ruas, chercheuse en géographie et spécialiste du réchauffement climatique. Architectes et paysagistes travaillent main dans la main pour planter des arbres et des arbustes, creuser des mares, verdir les toits et les façades. Cela n’a pas été simple, car il a fallu soigneusement sélectionner les essences d’arbres.
Plus question de gaspiller l'eau de pluie
On le savait dès 2025, plus de 50% des espèces de la canopée urbaine étaient condamnées à mort avant 2050 - les bouleaux et les hêtres, certains chênes aussi. D’autres variétés ont fait leur apparition dans les rues et sur les places. Certaines viennent du Midi, comme les micocouliers, d’autres de beaucoup plus loin tels les tipuana tipu d’Amérique du sud, les féviers d’Amérique ou les chicots du Canada. On les a plantés par dizaines de milliers, partout où l’espace le permettait, parfois au cœur de véritables forêts urbaines. On a aussi creusé des noues, ces fossés végétalisés et peu profonds qui recueillent les eaux de ruissellement, et créé des jardins de pluie, espaces verts en léger creux qui favorisent l’infiltration de la pluie.
Car cet or bleu tombé du ciel est trop rare pour filer vers les égouts. Depuis deux décennies, les villes ont une obsession : la désimperméabilisation des sols. A la place des dalles et du bitume, on a arboré ou on a utilisé des revêtements poreux. “En permettant à l’eau de pénétrer dans la terre, on évite les inondations tout en contribuant à restaurer la nature en ville, donc à rafraîchir”, explique Louise Fel, chargé d’études à La Fabrique de la cité, le think tank des transitions urbaines fondé par le groupe de services et de construction Vinci.
On cherche la fraîcheur dans les sous-sols
Pourtant, malgré les efforts déployés depuis trente ans pour rendre les villes plus respirables, les climatiseurs sont partout, dans les maisons, les bureaux, les centres commerciaux. Dès les années 2020, l’Agence de la transition écologique s’était résignée à travailler sur un scénario 100% climatisation. Avec l’espoir d’en limiter l’usage aux pics de chaleur. Dans ces cas extrêmes, les citadins ont une autre solution : se mettre au frais dans les sous-sols. Julien Bigorgne, ingénieur environnement à l’Atelier parisien d’urbanisme, l’avait prédit dès 2025 : “Parkings et caves peuvent devenir des lieux de refuge, voire des pièces intermittentes en été.” Ce n’est plus de la science-fiction…
- (l’eau sous l’immeuble avec les trois tuyaux qui en sortent) La réglementation a fait peau neuve. Désormais, les promoteurs immobiliers doivent impérativement intégrer un système de rafraîchissement naturel dans les futurs bâtiments. Avant de circuler dans les canalisations des appartements, l’eau est refroidie au contact des rivières et des sous-sols.
- (le toit terrasse, la pergolas, le sol) Partout où cela a été possible, les immeubles anciens ont été rehaussés et coiffés de toits-terrasses végétalisés. Les murs, les toitures et les revêtements des espaces publics ont viré au beige ou à l’ocre pour ne pas emmagasiner la chaleur. Places et rues ont été dotées d’ombrières, de pergolas ou de voiles d’ombrage.
- (un arbre) La végétalisation, amorcée dès le début des années 2010, a colonisé les villes, offrant aux citadins une ombre bienvenue et faisant baisser la température par évapotranspiration - la vapeur d’eau transpirée par les végétaux.
- (la façade végétalisée) Sur les façades des vieux immeubles, la pierre disparaît sous les feuilles du lierre ou de la vigne. “Planter des grimpantes est plus simple, plus sobre, que les modules végétalisés avec système d’arrosage incorporé fixés aux façades, souligne Pauline Laïlle, coordinatrice scientifique de la plateforme nationale d’études et d’expérimentations Plante & Cité. Ces systèmes sophistiqués conviennent davantage à des espaces de prestige.”
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