
Air France soutient le développement des carburants durables pour l’aviation (SAF), mais conteste le cadre imposé par l’Union européenne, qu’elle juge défavorable et source de concurrence déloyale. Au micro de BFM Business, Ben Smith, directeur général de la compagnie, a récemment averti que la poursuite des politiques climatiques européennes pourrait conduire Air France à réduire de près de moitié ses vols vers l’Asie dans les dix prochaines années.
«Aujourd'hui, on est dans une situation où l'Europe impose des restrictions et impose d'acheter un certain pourcentage de notre kérosène ou de notre pétrole en format de SAF. Et ce n'est pas le cas avec nos concurrents autour du monde. Donc ça crée une situation où le marché n'est pas équilibré pour nous», a-t-il expliqué. «Bien sûr, si nos concurrents ont un avantage que nous n'avons pas, nous ne sommes pas dans une situation pour les combattre», a-t-il ajouté.
Objectifs ambitieux, approvisionnement limité et coûteux
Bruxelles a imposé que les compagnies européennes utilisent 2% de SAF en 2025, 6% en 2030, 20 % en 2035, et jusqu’à 70% d’ici 2050. Mais la production reste limitée et coûteuse. Selon l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA), le SAF coûtait en moyenne 2 085 euros la tonne en 2024, contre 734 euros pour le kérosène conventionnel.
Ben Smith appelle donc l’Union européenne à instaurer «un mécanisme pour équilibrer le marché», similaire à celui mis en place pour le secteur maritime, afin de rendre les liaisons aériennes européennes compétitives et économiquement viables. Malgré ces contraintes, le dirigeant se dit confiant dans la transition écologique d’Air France. La compagnie renouvelle sa flotte avec des avions plus économes en carburant, réduisant de 15 à 20% les émissions de CO₂. «On est à 35% de nouvelle génération, on sera à 80% à la fin de la décennie», a précisé le directeur général d'Air France-KLM.
Cette position suscite néanmoins des critiques des associations écologistes. Selon Transport & Environment, même avec 42% de SAF dans le carburant, le secteur continuera à consommer autant de kérosène fossile qu’en 2023 d’ici 2049. Elles estiment que la seule façon de réduire réellement les émissions est de limiter le trafic aérien mondial.


















