636 emplois sont menacés chez ArcelorMittal en France, dont 295 sur le seul site de Dunkerque. Dans la ville des Hauts-de-France, la manifestation du 1er-Mai a pris des allures de démonstration de force en soutien aux salariés, entourés de milliers de manifestants. Dans les cortèges, beaucoup ont réclamé une intervention de l'Etat. Gaëtan Lecocq, secrétaire de la CGT du site, alerte auprès de France 3 : «Il y a énormément d'industries qui dépendent de nous, dans le Boulonnais, dans l'Audomarois. Si on crève ça va être un tsunami industriel, économique et social.» Le syndicat dit laisser 2 mois au gouvernement pour nationaliser.

Mais cette possibilité est exclue, comme l'a annoncé Marc Ferracci sur BFMTV : «La nationalisation n'est pas la bonne réponse aujourd'hui» estime le ministre chargé de l'Industrie et de l'Energie. De nombreux parlementaires – y compris à droite – y sont pourtant favorables. Marc Ferracci n'est pas de cet avis : «On nationalise quand il y a un enjeu stratégique mais aussi quand il n'y a pas de solution industrielle et il y en a : les solutions sont d'investir et d'innover.»

Stopper les aides publiques est également exclu

Plusieurs élus rappellent que l'Etat a sorti beaucoup d'argent pour Arcelor : 298 millions d'euros d'aides publiques en 2023 dont 195 millions concernant l'énergie. Le sénateur communiste Fabien Gay, cité par Public Sénat, s'insurge : «A près de 300 millions d’aides par an, si c’est pour liquider des emplois, il faut se demander pourquoi on aide un groupe à ce niveau-là !» Fermer le robinet des aides publiques : une solution possible ? Là encore, Marc Ferracci s'inscrit en faux : «L'argent qui a été versé à ArcelorMittal est en contrepartie d'investissements, de dépenses de R&D pour le crédit impôt recherche donc il ne faut pas laisser dire que l'argent est versé sans contrepartie».

Pour le ministre, «la sidérurgie est une industrie de souveraineté dont dépendent d'autres industries comme l'automobile, la défense ou l'aéronautique. Tout doit être fait pour préserver cette industrie sur notre sol, c'est-à-dire pour que les sites ne ferment pas et qu'on continue de produire de l'acier.» Le groupe Arcelor a bénéficié d'une aide étatique de 850 millions d'euros dans le cadre de la décarbonation de son activité. L'enjeu, selon le ministre, est de pousser le sidérurgiste à investir sur ses sites français, dont celui de Dunkerque.

«Il y a un avenir pour la sidérurgie en France»

La production européenne d'acier a baissé de 20% entre 2018 et 2023. Pour le ministre, c'est là que le bât blesse et là qu'il faut agir : «au niveau européen avec plus de protection commerciale vis-à-vis de l'acier chinois. Aujourd'hui, on a une situation sur l'acier extrêmement difficile qui réclame de la protection, du soutien aux investissements, des coûts de l'énergie plus compétitifs. Si on arrive à faire en sorte qu'Arcelor lutte à armes égales avec les Chinois et ceux qui pratiquent une concurrence déloyale en taxant et en limitant les importations, les investissements se feront et il y a un avenir pour la sidérurgie en France et en particulier à Dunkerque.»