Le niveau de la dette française est sur toutes les lèvres. Alors que le Fonds monétaire international (FMI) a prédit, mardi 14 octobre, une croissance très limitée (+0,7%) pour l’Hexagone en 2025 et «insuffisante si l'on souhaite régler par la croissance les problèmes de finances publiques», l’heure n’est plus aux tergiversations. Le redressement des comptes publics doit donc débuter dès le budget 2026, présenté le même jour en Conseil des ministres. Ce projet de loi de finances (PLF), dont les mesures doivent permettre au déficit de passer de 5,4% du PIB en 2025 à 4,7% en 2026, prévoit environ 31 milliards d’euros d’effort, dont 17 milliards de dépenses en moins et 14 milliards de recettes supplémentaires. Et cet “effort”, bien que conséquent, ne sera pas de trop pour stabiliser la dette publique, selon les prévisions du Conseil d’analyse économique (CAE), un organisme indépendant rattaché à Matignon, qui a présenté de nombreuses pistes pour ne pas dégrader les finances publiques dans les prochaines années, ce jeudi 16 octobre.

Les économistes du CAE (Adrien Auclert, Marie-Apolline Barbara, Xavier Jaravel, Emma Laveissière, Oskar Lasterra, Xavier Ragot et Diego Renaud) estiment en effet que, pour stabiliser la trajectoire de la dette publique, un «ajustement» d’environ 112 milliards d’euros sera nécessaire, voire de 127 milliards en cas de hausse des taux d’intérêt. De quoi «stabiliser la dette et se prémunir des crises économiques futures», expliquent-ils. Pour parvenir à ramener le déficit public sous 3% du PIB, le scénario central des experts du CAE établit à 27 milliards d’euros (soit 0,9% du PIB) le montant qui devra être trouvé dès la première année, dans le cadre du PLF 2026. Et leur constat n’est pas négociable : «Tant que cet ajustement ne sera pas opéré, le ratio de la dette publique sur PIB et la charge d’intérêt continueront d’augmenter», avertissent-ils.

Un gel des retraites jusqu’en 2030 économiserait 15,7 milliards d’euros

Mais comment trouver de tels gisements pour combler le déficit ? Pour les experts du CAE, de multiples solutions existent. Ils en identifient pas moins de 170, et présentent une «conjonction de leviers à mobiliser (...) pour nourrir le débat médiatique et parlementaire». Côté dépenses, 108 milliards d’euros de ressources sont identifiées à horizon 2030, parmi lesquels 34,6 milliards d’aides de l’Etat : réforme des aides à l’apprentissage, recentrage de MaPrimeRénov’ sur les rénovations d’ampleur, conditionnement des APL à un certain niveau de ressources, ou encore diminution des subventions à l’enseignement privé de 75% à 50%... Autant de mesures qui permettraient 7,2 milliards d’euros d’économies dès 2026. Dans les dépenses de Sécurité sociale, 40,4 milliards d’euros d’économies sont identifiés à l’horizon 2030, dont 14,4 milliards dès 2026 : hausse de la prise en charge des complémentaires santé et de la participation financière des assurés (5,5 milliards d’euros), réduction des dépenses de santé “évitables” (1,4 milliard en 2026, 2,8 milliards en 2030) ou de la prise en charge des indemnités journalières d’arrêt maladie par la Sécurité sociale (0,5 milliard) sont notamment citées, tout comme le gel des pensions de retraite - qui rapporterait à lui seul 2,6 milliards d’euros en 2026 et 15,7 d’ici 2030 - et une réforme de l’assurance chômage, avec une baisse de la période d’affiliation (pendant laquelle il faut avoir travaillé au moins 6 mois pour être indemnisé) de 24 à 20 mois, qui générerait un “gain” de 1,9 milliard d’euros à l’horizon 2030.

Le retour de la taxe d’habitation rapporterait près de 22 milliards d’euros

Côté recettes, 111,4 milliards d’euros peuvent être trouvés là encore, d’ici 2030. Au choix dans le menu : hausse de la flat tax de 30 à 33% (1,2 milliard d’euros), augmentation d’un point des tranches du barème de l’impôt sur le revenu (6,8 milliards) et du taux de CSG (14,6 milliards d’euros), gel du barème de l’impôt (1,8 milliard), suppression pure et simple de l’abattement fiscal de 10% des retraités (4,8 milliards), fin de l’exonération d’impôt des heures supplémentaires et complémentaires (1,8 milliard)... ou encore retour de la taxe d’habitation. Une dernière mesure qui rapporterait 21,8 milliards d’euros ! Sont également avancés le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), pour un gain de 5 milliards d’euros, la hausse des taux de TVA et la suppression des taux réduits (19,9 milliards). Un cocktail bien amer pour les particuliers, principaux contributeurs au redressement des finances publiques dans l’analyse des experts du CAE.

Enfin, trois réformes plus structurelles pourraient permettre de grappiller plusieurs milliards d’euros, 45,1 précisément. Tout d’abord la réduction du chômage de 0,4 point par an pendant 5 ans - soit le rythme tenu entre 2025 et 2019 - avec 15,1 milliards d’euros à la clé. Puis le relèvement de la croissance de 0,1 point en 2026 et de 0,2 point à partir de 2027 (12,3 milliards), et enfin la hausse du taux d’emploi des seniors couplée au relèvement de l’âge de départ à la retraite à 65 ans pour les générations 1964-1968 (17,7 milliards d’euros).

Au total, de quoi trouver pas moins de 264 milliards d’euros d’ici 2030, et pas loin de 270 milliards avec les 4,1 milliards tirés d’une lutte accrue contre les fraudes fiscale et sociale. Un montant à comparer aux 112 milliards d’euros nécessaires, donc, pour stabiliser la situation des finances publiques, et qu’auront forcément dans un coin de leur tête les parlementaires lors des discussions sur le budget 2026 qui débuteront le 24 octobre à l’Assemblée nationale.