Alors que les négociations commerciales annuelles entre la grande distribution et les industriels de l’agroalimentaire doivent se conclure le 1er mars, des blocages subsistent. Une situation dénoncée par la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, dans les colonnes du Parisien ce lundi 16 février, qui parle d’un «chantage mortifère» de certaines enseignes. «Les exigences de la grande distribution, en termes de tarifs, sont incompatibles avec les demandes des industriels. Elle ne discute pas de leurs éventuelles hausses de prix, dans l'immense majorité des cas liées à des hausses de coûts, et elle veut imposer ses baisses de tarifs», explique-t-elle.

Pour la ministre, «si les négociations sont violentes, elles sont destructrices de valeur pour toute la chaîne, pour la rémunération des industriels, et donc pour le prix d'achat des produits agricoles». Et, «à l'arrivée, ce sont les agriculteurs qui vont trinquer», déplore Annie Genevard. «Certaines enseignes menacent de déréférencer certaines marques faute d'accord. J'estime que c'est un chantage mortifère pour l'agroalimentaire», ajoute-t-elle.

Les centrales d’achat européennes dans le collimateur

Déjà en janvier, Lactalis avait dénoncé des pressions de centrales d’achat européennes, liées à Intermarché, Auchan et Casino, qui auraient retiré certains produits pour obtenir des réductions de prix. «Les hausses sont (…) généralement justifiées et le contournement de la loi française via les centrales d'achat européennes n'est plus possible. Nous devons donc faire évoluer le droit européen, avec (le ministre des PME et du Commerce) Serge Papin», ajoute Annie Genevard, qui discutera de la question avec les commissaires européens lors du Salon de l’Agriculture (du 21 février au 1er mars).

Traditionnellement, les négociations entre supermarchés et fournisseurs se déroulent du 1er décembre au 1er mars et fixent les prix des produits, hors marques propres. A mi-parcours, un premier bilan du gouvernement et des acteurs du secteur avait été mitigé, malgré la signature d’une charte censée apaiser les discussions et protéger les PME. Le ministère avait alors pointé les centrales d’achat européennes comme «un moyen de contourner» la législation française.