«Fini, fini la Chine! Ne me parlez plus de fabriquer là-bas!» Jean-Pierre Blanc, le directeur général des cafés Malongo, ne mâche pas ses mots quand il s’agit de raconter son «aventure» au pays du «Lotus bleu». Appâté au début du siècle, comme bon nombre d’Occidentaux, par ce marché prometteur, il y a produit ses dosettes pour les ménages et les professionnels de l’hôtellerie-restauration, puis sa cafetière Neoh. Vingt ans plus tard, en avril 2022, le torréfacteur niçois a définitivement quitté sa dernière usine près de Canton pour relocaliser ses lignes à La Roche-sur-Yon, en Vendée. «C’est un système protectionniste invraisemblable, je suis très content d’en être parti!», souffle ce passionné de commerce équitable et heureux reconverti au made in France.

Les réglementations mouvantes, les distances, les défauts de fabrication, les aléas sur la chaîne d’importation avaient déjà convaincu la PME, il y a cinq ans, qu’il fallait rentrer au bercail. Et le Covid-19 a versé la goutte d’eau de trop dans une tasse déjà bien pleine. «Quand on voit le nombre de sociétés qui, comme nous, retirent leurs produits de Chine pour refabriquer en France ou en Europe, je pense que le degré de saturation a atteint son comble. Nous ne sommes plus du tout motivés par ce pays dans lequel nous avions pourtant bien commencé…»

Le miracle chinois a-t-il vécu? Il faut dire que sa mise sous cloche pendant trois ans de «stop and go» et de politique zéro Covid n’a pas arrangé les affaires du géant asiatique. «La Chine a disparu de la carte du monde, plus personne ne venait et ça n’a manqué à personne. On parle quand même de plus d’un milliard d’habitants! Mais non, le tourisme s’est restructuré sans eux, les Galeries Lafayette n’ont pas fait faillite…», s’étonne Grégory Louvel, avocat d’affaires et associé gérant du cabinet Leaf à Pékin. Si le pays avait surpris par sa forte reprise l’année suivant le début de la pandémie, les nuages se sont vite accumulés en 2022.

Confinements successifs des grandes villes – dont Shanghai et ses 27 millions d’habitants –, arrêts intempestifs d’usines, fermetures des magasins, annulations des festivités du Nouvel An deux ans de suite… La politique draconienne de Pékin a profondément fragilisé l’économie du pays, dont la croissance s’est établie à 3% sur 2022 en fin de course, loin des espérances du Parti, qui visait plutôt 5,5%. Au risque d’entamer le contrat social, alors que la crise immobilière a laissé de nombreux ménages sur la touche (lire ci-dessous) et que le chômage des jeunes a explosé. Entre janvier et juillet 2022, son taux a bondi de plus de 4 points, à près de 20%, selon le Bureau national des statistiques (BNS).

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