298 heures de diffusion en direct. Depuis déjà 12 jours, le streamer Jean Pormanove, de son vrai nom Raphaël Graven, participait à un marathon de livestream sur la plateforme australienne Kick. Dans la nuit du 17 au 18 août, il est décédé dans son sommeil, en direct, alors qu’il subissait depuis plusieurs mois, aux côtés d’un autre participant surnommé Coudoux, des violences et humiliations infligées par deux streamers connus sous les pseudos NarutoVie et Safine.

Le parquet de Nice a ouvert, mardi 19 août, une enquête pour «recherche des causes de la mort» de l’ancien militaire âgé de 46 ans. L'autopsie réalisé jeudi 21 aout révèle que la mort du streamer «n'a pas une origine traumatique et n'est pas en lien avec l'intervention d'un tiers», a précisé le procureur de la République de Nice dans un communiqué selon qui «les causes probables du décès apparaissent donc d'origine médicale et/ou toxicologique»

Une première enquête avait été ouverte en décembre 2024 pour «violences volontaires en réunion sur personnes vulnérables» et pour la «diffusion d’enregistrement d’images relatives à la commission d’infractions d’atteintes volontaires à l’intégrité de la personne», à la suite des révélations du média d’investigation Mediapart.

Pourquoi la responsabilité de la plateforme Kick est-elle mise en cause ?

La mort de Jean Pormanove interroge la politique de modération de la plateforme de streaming Kick. La ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique, Clara Chappaz, a annoncé mardi sur X avoir saisi l’Arcom et effectué un signalement sur Pharos. «J’ai également contacté les responsables de la plateforme pour obtenir des explications. La responsabilité des plateformes en ligne sur la diffusion de contenus illicites n’est pas une option : c’est la loi», a déclaré la ministre.

Le même jour, la plateforme a également réagi sur X. Elle indique être «profondément attristée» par le décès de l’influenceur et annonce avoir banni «tous les co-streamers ayant participé à cette diffusion en direct dans l’attente de l’enquête en cours». «Nous nous engageons à collaborer pleinement avec les autorités dans le cadre de ce processus», a ajouté Kick, qui affirme entreprendre «une révision complète de (son) contenu en français».

Qui se cache derrière la plateforme Kick ?

La plateforme australienne a été lancée en 2022 par Bijan Tehrani et Ed Craven, ses deux cofondateurs qui ambitionnent de faire de l’ombre à Twitch, le leader du marché du streaming. Racheté par Amazon en 2014, Twitch revendique 2,1 millions de visiteurs par mois et plus de 45 000 chaînes de streaming, contre un peu plus 800 000 utilisateurs pour Kick. Mais le rival du géant américain n’a pas dit son dernier mot : depuis ses débuts, il se présente comme une alternative offrant aux streamers une meilleure rémunération et la possibilité de diffuser des contenus jugés plus subversifs.

Comment sont rémunérés les streamers sur Kick ?

Difficile de connaître la rémunération exacte des créateurs de contenus. On sait en revanche que Kick se distingue par une politique de rémunération des créateurs de contenus plus avantageuse que celle de Twitch. Le fonctionnement des deux plateformes est similaire : les utilisateurs peuvent s’abonner aux chaînes de streaming pour un certain montant afin de bénéficier de certains avantages. Sur Kick, ce «sub» coûte 4,99 dollars, sur lesquels la plateforme ne prélève que 5%, contre 30 à 50% pour Twitch.

Comment est modéré Kick ?

Kick se différencie aussi par sa politique de modération plus souple que celle de Twitch. Le premier tolère la diffusion de vidéos à connotation sexuelle ou présentant des scènes de violences ou des propos discriminatoires tandis que le second est plus strict. Dans ses conditions d’utilisation, Kick indique tout de même : «Bien que la violence puisse être contextuelle et avoir des conséquences variables, nous interdisons tout contenu représentant ou incitant à une violence odieuse».

Par ailleurs, la plateforme australienne autorise également les contenus liés aux jeux d’argent, interdits sur Twitch. Rien d’étonnant puisque les cofondateurs de Kick sont aussi derrière la société Stake, un casino en ligne bloqué en France par l’Autorité nationale des jeux (ANJ) et dans plusieurs pays européens.

Qui sont les créateurs de contenus qui «streament» sur Kick ?

En raison de ses conditions d’utilisation plus permissives, Kick a accueilli plusieurs influenceurs bannis d’autres plateformes de créations de contenus. C’est le cas du youtubeur français Marvel Fitness, condamné pour harcèlement moral en 2021, qui publie désormais sur la plateforme australienne de streaming. Outre-Atlantique, la créatrice de contenus Amouranth s’est elle aussi tournée vers Kick après avoir été chassée de Twitch à plusieurs reprises pour avoir diffusé du contenu à caractère sexuel.

Kick ne se refuse rien : pour attirer de nouveaux utilisateurs, la société a déboursé des montants records afin de séduire certaines stars du streaming. L’influenceur xQc, de son vrai nom Felix Lengyel, a ainsi signé un contrat de 100 millions de dollars pour exporter ses 12 millions d’abonnés sur la plateforme concurrente de Twitch. Plus récemment, le youtubeur star aux plus de 400 millions d’abonnés, MrBeast, a lui aussi annoncé rejoindre Kick