
Ce 6 août, Donald Trump a révélé son intention de taxer à 100% l'importation de puces et semi-conducteurs. «Mais c'est une bonne nouvelle pour les entreprises qui les fabriquent aux Etats-Unis», a-t-il déclaré. Aucune date d'entrée en vigueur n'a encore été précisée, mais sa stratégie semble évidente. Il s'agit d'encourager les groupes technologiques à rapatrier leur production sur le territoire américain. Taïwan a immédiatement réagi. Comme le rapporte BFMTV, l'île a confirmé que le géant TSMC, numéro un mondial du secteur, serait exempté de ces nouvelles taxes car l'entreprise dispose déjà d'usines aux Etats-Unis. En mars, TSMC avait en effet anticipé en annonçant un investissement massif de 100 milliards de dollars pour implanter ses lignes de production sur le sol américain.
Taïwan exporte pour 7,4 milliards de dollars de semi-conducteurs vers les Etats-Unis (données 2024) et TSMC pourrait être un levier diplomatique. Ce «bouclier de silicium», selon l'expression consacrée, visait jusqu'à présent à protéger l'île d'une attaque chinoise, en rendant ses infrastructures cruciales pour l'économie mondiale. Or, le transfert de production vers les Etats-Unis pourrait affaiblir cette stratégie défensive. Le directeur du Conseil national de développement taïwanais, Liu Chin-ching, a d’ailleurs reconnu que d'autres industriels du pays «seront affectés» par cette politique commerciale. Ajoutant : «Nous continuerons à observer la situation et à proposer des mesures d'aide à court et moyen terme».
Une pression stratégique sur Taïwan et ses alliés
D'autres mesures douanières ont été imposées à Taïwan, notamment des surtaxes temporaires de 20% sur certains produits, hors semi-conducteurs, dans l'attente d'un accord commercial global avec Washington. En contrepartie, l'île s’est engagée à augmenter ses achats d'énergie américaine et à porter ses dépenses militaires à plus de 3% de son PIB. Pour les marchés financiers, les signaux restent contrastés : TSMC s'envolait de 5% à la Bourse de Taipei à la mi-journée du 6 août, tandis que les acteurs japonais du secteur plongeaient.
Les effets de l’annonce ne se sont pas fait attendre non plus à au Japon. Tokyo Electron reculait de 2,73% et Renesas de 3,44%. La stratégie américaine inquiète notamment les PME japonaises du secteur, moins armées pour affronter une telle pression tarifaire. Ces dernières «pourraient vaciller dans un premier temps mais de nombreux équipements japonais sont indispensables à la plupart des fabricants de puces qui cherchent à accroître leur production américaine», nuance cependant Andrew Jackson, analyste chez Ortus Advisors cité par Bloomberg.
Un risque de déséquilibre de la concurrence mondiale
Certaines filières pourraient être préservées. Les Etats-Unis envisageraient d’exempter les puces haut de gamme et machines de lithographie, mais «un niveau de 100% donnerait le coup de grâce aux producteurs de puces bas de gamme, en Malaisie, par exemple, ou aux exportateurs chinois de puces bon marché», poursuit l’analyste. Le risque de déséquilibrer la concurrence mondiale est également pointé par Chiang Min-yen, du Research Institute for Democracy, Society and Emerging Technology à Taïwan. Selon lui, les fabricants qui n'ont pas les moyens de suivre le rythme des investissements américains «pourraient voir leur production déstabilisée par ces surtaxes au risque de favoriser la concurrence déloyale chinoise».
Dans ce bras de fer commercial, d'autres géants asiatiques tentent d’anticiper. Plusieurs groupes sud-coréens, à l'image de Samsung Electronics, ont choisi d'investir aux Etats-Unis pour éviter les sanctions. Samsung s'est ainsi associé à Texas Instruments pour construire de nouvelles usines sur le sol américain. En conséquence, le titre progressait de 1,96% à la Bourse de Taipei peu après l'annonce.


















