
Façades colorées, maisons à colombages et parterres fleuris, les communes alsaciennes du Haut-Rhin semblent toutes taillées pour remporter le titre de plus beau village de France. Au pied du massif vosgien, Ungersheim concourt dans une autre catégorie. Cette paisible bourgade de 2600 habitants, à mi-chemin entre Colmar et Mulhouse, manque probablement de pittoresque mais elle a tout pour mériter la palme de la plus écolo de France. Et même du monde, à en croire le Britannique Rob Hopkins, l'initiateur du mouvement international des villes et villages en transition.
La documentariste Marie-Monique Robin en a fait un film en 2016, «Qu’est-ce qu’on attend?», qui présentait déjà Ungersheim comme un exemple à suivre. Médias et visiteurs intrigués continuent d’ailleurs d’y affluer, comme ces classes de seconde de Seine-et-Marne croisées sur place. Un parcours a même été balisé avec des panneaux explicatifs, pour faire le tour de ce village vraiment pas comme les autres.
Des mines de potasse aux fermes solaires
Sous l’impulsion de Jean-Claude Mensch, son maire sans étiquette depuis 1989, la commune s’est d’abord engagée sur la voie de l’autonomie énergétique. «Nous produisons suffisamment d’électricité pour couvrir les besoins des ménages, des activités artisanales et des services communaux, chauffage et eau chaude sanitaire inclus», explique l’édile aux yeux bleus perçants. Les consommations de la zone industrielle ne devraient pas tarder à suivre. Une autosuffisance qui est le résultat d’un long cheminement.
L'homme a fait toute sa carrière dans les mines locales de potasse. Il y était électromécanicien et… délégué CGT. «Pas vraiment un syndicat soucieux de l’environnement à l’époque», sourit-il, à l’endroit même où se trouvait autrefois un puits d’extraction. Mais, au fil des fermetures de mines et de ses lectures, Jean-Claude Mensch acquiert la conviction qu’il faut sortir du tout-pétrole. Avec pour mantra cette citation empruntée à Gandhi: «L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul.»

Un écohameau et des bâtiments rénovés
Lors de son premier mandat, il a donc commencé par installer des panneaux solaires, pour chauffer l’eau de la piscine. Depuis, il ne s’est plus arrêté: il a par exemple passé l’éclairage public en LED, réduisant de 50% les dépenses. Mais aussi initié quatre centrales photovoltaïques (bientôt une cinquième), exploitées par des sociétés privées. Les loyers que la commune encaisse en contrepartie lui permettent de payer sa propre facture d’électricité. Mais la mairie peut aussi compter, pour son autoconsommation, sur une éolienne et des chaufferies à bois. Des centaines de tonnes de gaz à effet de serre sont ainsi évitées chaque année.
Ce n’est d’ailleurs pas la seule fierté de Jean-Claude Mensch, qui adore grimper sur la terrasse du gymnase pour embrasser du regard tous les bâtiments du village ayant bénéficié d’une rénovation énergétique. L’édile est intarissable en matière d’isolation, de triple vitrage ou de ventilation double flux. Autant de techniques qui ont aussi guidé la construction d’un «écohameau», estampillé zéro carbone, à la sortie de la bourgade. Géré par un collectif de citoyens, le lieu accueille neuf familles qui ne manquent d'aucun confort comme nous avons pu le constater. «Nous chauffons très peu l’hiver, nous n’avons pas besoin de climatisation et nous utilisons également peu d’éclairage », souligne Luc, l’un des habitants, attelé à la confection d’une cabine de toilettes sèches.

Seule une minorité de la population est impliquée dans la transition
Alors, bien sûr, des voitures thermiques continuent de circuler dans la commune. Mais le ramassage scolaire se fait, lui, en carriole à cheval, tandis que les champs de la régie agricole municipale sont labourés grâce à la traction animale, sans diesel. Si ce choix radical a initialement suscité l’incrédulité, les moqueries se sont tues depuis que ces terres fournissent 80% des 600 repas quotidiens, entièrement bio, servis dans les cantines scolaires environnantes. Et qu’une conserverie communale, La Potassine, valorise même les légumes déclassés, via des bocaux vendus dans l’épicerie-café-philo du centre.

A 78 ans et dans une forme olympique, Jean-Claude Mensch ne semble pas vouloir s’arrêter, et vise désormais l’autonomie alimentaire. Il reconnaît néanmoins qu’elle sera difficile à atteindre. Son autre rêve, celui d’une démocratie participative, a aussi du mal à se concrétiser. Des chantiers citoyens ont pourtant été lancés pour créer du consensus, ainsi que des commissions et un conseil des sages. «Seule une minorité d’habitants s’impliquent dans cette transition environnementale», admet-il. Quant à sa monnaie locale, le «radis», lancée en 2013, elle a fait flop: à peine 6% de la population l’utilise. «J’entends aussi souvent dire que "tout cela coûte trop cher". Alors que nous n’avons pas augmenté les impôts depuis 2004», s’agace-t-il, tout en rappelant les 150 emplois créés sur le territoire, dont un certain nombre en réinsertion.
Si la transition engagée par Jean-Claude Mensch ne convainc donc pas tous ses concitoyens, il y a un mérite qu’on ne peut pas lui enlever: sa durabilité… politique. Car l’édile a toujours été réélu depuis trente-cinq ans, et dès le premier tour.
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