Fitch va-t-elle abaisser la note de la France ? L’agence de notation américaine rendra sa décision ce vendredi 12 septembre dans la soirée. Actuellement classé dans la catégorie AA («qualité haute ou bonne»), le pays pourrait être rétrogradé dans le groupe A («qualité moyenne supérieure»). Une éventuelle dégradation ne serait pas une surprise, car comme le rappelle franceinfo, en mars dernier, l’agence avait maintenu la note à «AA-», avec une perspective négative. Fitch pointait alors «le niveau élevé de la dette publique par rapport au PIB» et un «faible bilan en matière d’assainissement budgétaire», compliqués par une «fragmentation politique» qui limite la capacité d’action du gouvernement.

Depuis, la situation s’est encore détériorée, notamment avec la chute du gouvernement de François Bayrou, et l’incertitude plane toujours sur les mesures prévues dans le budget 2026 pour réduire la dette. Une dégradation de la note française permettrait, selon l’économiste Eric Dor, de «restaurer une certaine cohérence» entre la notation et la réalité budgétaire du pays, longtemps épargné par les agences en raison de la solidité de son économie, de ses banques et de la bonne liquidité de sa dette. La France bénéficie également d’un statut particulier dans la zone euro, considérée comme «too big to fail», autrement dit «trop grosse pour faire faillite».

Un impact déjà anticipé par les marchés

Selon l’économiste Stéphanie Villers, une éventuelle dégradation de la note française aurait un impact limité : «Les marchés financiers ont déjà intégré l'instabilité politique, les taux de la dette sont en train de progresser», analyse-t-elle auprès de franceinfo. «La dégradation de la note ne ferait que constater a posteriori ce que les marchés financiers ont déjà répercuté dans leurs cours», ajoute-t-elle.

Même son de cloche chez le cabinet Bersingéco, qui estime qu’«une dégradation de la note française par Ficth ne devrait pas avoir d’impact fort sur le taux souverain». Dans un communiqué, il souligne que «de nombreuses dégradations de note par le passé, en France et à l’étranger, montrent que les taux ne réagissent pas vraiment aux décisions des agences de notation». «Quand une agence modifie une note, elle envoie une information qui est déjà connue et prise en compte par les investisseurs», explique-t-il.

Plus globalement, les économistes estiment que les agences de notation ont aujourd’hui moins d’influence sur les marchés. Mais sans budget voté, la situation financière de la France pourrait se détériorer davantage et finir par être sanctionnée. Rien n’est toutefois joué, et Fitch pourrait choisir de temporiser en attendant «davantage de visibilité politique», comme l’estime Lucile Bembaron, économiste chez Asterès, dans La Tribune.

Le journal économique rappelle également que, pour l’instant, la note de la France reste supérieure à celle de ses voisins européens, comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie.