Les joggeurs pressés qui s’engouffrent au nord de la forêt de Compiègne n’ont pas un regard pour les écorces et les branches noircies des hêtres bordant le chemin. Pourtant, sur cette parcelle qui jouxte le village de Vieux-Moulin, on dirait qu’un incendie a dépeuplé la forêt. Mais aucun feu n’a encore jamais pris sur ce sol sableux : ici, dans le département de l’Oise, au nord de la France, les arbres meurent à cause du réchauffement climatique. Jérôme Jaminon, responsable de l’unité territoriale de Compiègne à l’Office national des forêts (ONF), contemple ce paysage d’un air désolé. «Le tiers de cette forêt domaniale de 15.000 hectares est en état de fort dépérissement», alerte-t-il.

La situation a commencé à changer il y a une dizaine d’années et s’est brusquement dégradée à partir de 2018. «Il n’y a pas eu suffisamment de pluie d’avril à août ces dernières années, en période de végétation. La capacité de résistance des arbres s’est amenuisée et quand il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de retour possible», regrette-t-il. A ce stress hydrique, il faut ajouter des conditions climatiques qui favorisent la prolifération des bactéries et des insectes, comme le hanneton qui dévore les racines. Et pour couronner le tout, la forêt subit la pression des cerfs, chevreuils et sangliers qui prolifèrent et dévastent les jeunes plants. Résultat, les agents de l’ONF ne parviennent plus à faire repousser des feuillus à cet endroit. Aujourd'hui, il ne reste presque rien de l’imposante futaie cathédrale, plantée il y a une centaine d’années. «Nous allons peut-être renoncer à la forêt sur certaines parcelles et nous orienter vers de la pelouse ou de la lande», envisage à regret Jérôme Jaminon.

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Bois d’industrie : la partie haute de l’arbre est valorisée pour faire du papier, du carton, des poteaux et des panneaux de fibres et de particules.

Des zones forestières en souffrance

Compiègne n’est pas un cas isolé en France, car la plupart de nos forêts vont mal. La mortalité des arbres a été multipliée par deux et leur croissance a diminué de 10% en dix ans, d’après l’inventaire de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). Pire, leur formidable capacité à piéger les émissions de gaz à effet de serre s’amenuise: elle a été divisée de moitié, là encore, cette dernière décennie, selon le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa).

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