Bannir le cash pour combattre le narcotrafic ? Voici la dernière proposition choc de Gérald Darmanin. Lors d’une audition sur la délinquance financière au Sénat ce jeudi 22 mai, le ministre de la Justice a estimé que cette mesure rendrait l’argent traçable et compliquerait ainsi les activités des dealers. Mais une telle solution est-elle réellement envisageable ? En 2024, 71 millions d’euros issus du trafic de stupéfiants ont été saisis.

Pourtant la suppression pure et simple de cet argent liquide ne changerait rien à cette situation, selon Gilles Duteil, expert judiciaire et spécialiste de la criminalité financière. Interrogé sur RMC ce vendredi, il explique : «Ça les gêne beaucoup, certes, mais souvent ils arrivent à trouver des moyens pour les contourner. Très rapidement, des organisations criminelles vont organiser des systèmes de communication avec des pays qui ne sont pas sous cette obligation.» Une telle mesure serait en outre trop compliquée à mettre en place compte tenu des habitudes des Français.

Des flux transfrontaliers difficiles à contrôler

«On ne peut pas transformer un système monétaire qui deviendrait uniquement de la monnaie électronique ou des cryptomonnaies du jour au lendemain. Il faudrait des mois, voire des années», prévient le spécialiste. Il serait également difficile pour les autorités de contrôler les flux en provenance des pays transfrontaliers, car les trafiquants et les consommateurs peuvent facilement se procurer du liquide en Belgique ou en Espagne, par exemple.

Invité sur RTL ce matin, Gérald Darmanin est toutefois revenu sur cette proposition, en convenant que sa mise en œuvre n’est pas envisageable à ce jour. «Je pense que d'abord qu'on n'en a pas les moyens politiques, ensuite, il y a une longue discussion évidemment à avoir avec les Français, l'argent liquide pose d'autres avantages, les avantages d'une liberté individuelle où l'Etat en effet ne regarde pas tout à tout moment...», a-t-il déclaré.