L’argent liquide vit-il ses dernières heures ? Une possibilité si l’on en croit les derniers propos de Gérald Darmanin. Auditionné ce jeudi 22 mai par la commission d'enquête du Sénat sur la délinquance financière, le ministre de la Justice a plaidé pour «la fin de l'argent liquide». L’objectif ? Lutter contre le trafic de stupéfiants. «L'une des réponses – ce n'est pas la seule (...), c'est la diminution très forte, voire la suppression de l'argent liquide pour avoir une traçabilité», a-t-il ajouté le lendemain sur RTL.

L’ex-ministre de l’Intérieur rappelle que le cash circule abondamment dans les réseaux de drogue : entre 4 et 6 milliards d'euros par an, dont seuls «quelques millions» sont saisis. Mais une suppression totale des espèces n’est pas imminente. «On n’en a pas les moyens politiques, ensuite, il y a une longue discussion évidemment à avoir avec les Français, l'argent liquide pose d'autres avantages, les avantages d'une liberté individuelle où l'État en effet ne regarde pas tout à tout moment...» a-t-il nuancé, toujours au micro de RTL.

En 2018, le Comité Action Publique 2022 - composé de personnalités françaises du secteur public et privé, de chefs d’entreprise, de parlementaires, d’élus locaux et de hauts fonctionnaires - préconisait déjà de «réduire progressivement la circulation d’espèces vers une extinction complète» pour lutter contre la fraude, le grand banditisme, et même de réaliser des économies.

Les pièces de monnaie vont-elles disparaître ?

Si la disparition des billets n’est pas imminente, l’avenir des petites pièces semble plus incertain. En Europe, certains pays ont déjà réduit la production des pièces d’un et deux centimes : les Pays-Bas, la Finlande ou la Belgique. En Irlande, elles ne circulent plus depuis 2015. En France, L’Humanité rapporte que la Monnaie de Paris prévoit une baisse de 40% du volume des pièces d’un, deux et même cinq centimes d'ici à 2027.

De son côté, Donald Trump a déjà passé le cap. Fini les pièces de un cent placées dans la tirelire. Comme le rapporte BFMTV, le Trésor américain a confirmé avoir passé sa dernière commande de ces pièces d’un cent qui disparaîtront progressivement à compter de 2026. Une nouvelle peu surprenante. Sur son réseau social Truth Social, le président américain prévenait déjà en février dernier : «Pendant bien trop longtemps, les Etats-Unis ont frappé des pièces d'un cent qui nous coûtent littéralement plus de deux cents (à produire). C'est du gaspillage !» Dirigé par Elon Musk, le Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE), chargé de limiter les dépenses publiques, a souligné que chaque pièce d’un centime coûtait trois fois plus à produire. Une situation comparable en France : la réalisation d'une pièce d’un centime coûterait environ 1,2 centime, celle de deux centimes, 1,97.

Où en est le développement de l’euro numérique ?

Alors qu’une prise de position de la Commission européenne sur la disparition des petites pièces se fait attendre, la prudence reste de mise. Inflation, baisse des dons… les conséquences interrogent. Parallèlement, la Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationales de la zone euro ont lancé en 2021 un projet de monnaie virtuelle : l’euro numérique.

Cette monnaie fonctionnerait comme les espèces, mais serait utilisable en ligne ou via smartphone. Elle n’entraînerait pas la disparition du cash, mais viendrait en complément des pièces et billets. Côté législatif, la Commission européenne a transmis, le 28 juin 2023, au Parlement européen et au Conseil de l’Union européenne une proposition de règlement établissant l’euro numérique. Depuis, la BCE mène une phase d’expérimentation. Date estimée d’arrivée sur le marché ? Novembre 2025.