Y aura-t-il des trains pour le pont du 8 mai ? Les syndicats SUD-Rail et CGT Cheminots ont déposé des préavis de grève couvrant la semaine du 5 au 11 mai, incluant donc le pont du 8 mai. C’est l'ensemble des agents qui est appelé à la grève par la CGT, et ce dès le 5 mai. De son côté, SUD-Rail cible plus spécifiquement certaines catégories de personnel : les conducteurs le 7 mai et les contrôleurs du 9 au 11 mai.

De son côté, la direction s’inquiète. Le PDG de la filiale d'exploitation des trains de la SNCF, Christophe Fanichet, a estimé ce jeudi dans un entretien avec le Parisien que «la SNCF ne (pouvait) pas se permettre une grève». «S'il y en a une, les clients vont essayer la concurrence, que ce soit le covoiturage, le bus ou une autre compagnie ferroviaire», s’inquiète le directeur général de SNCF Voyageurs.

Limitation du droit de grève dans les transports, une réforme attendue ?

A chaque mouvement social annoncé par la SNCF en période de vacances scolaires, le débat sur un encadrement plus rigoureux du droit de grève refait surface. Si vous aviez déjà entendu parler d’une proposition de loi pour «concilier» la continuité du service public et le respect du droit de grève, c’est normal : elle existe. Mais où en est l’adoption de ce texte ?

Une proposition de loi avait été déposée au Parlement le 14 février 2024 par le député Hervé Marseille et plusieurs de ses collègues du groupe Union centriste. Elle avait ensuite été adoptée en première lecture au Sénat, le 9 avril 2024. Le texte entend encadrer davantage l'exercice du droit de grève dans les secteurs sensibles, dont le ferroviaire.

Il prévoit notamment la possibilité de suspendre ce droit durant les heures de pointe (de 6 h 30 à 9 h 30 le matin et de 17 heures à 20 heures le soir) pour une durée pouvant aller jusqu'à sept jours consécutifs. La proposition de loi autorise par ailleurs le gouvernement à instaurer, par décret, jusqu’à 30 journées par an durant lesquelles le droit de grève pourrait être temporairement interdit. Ces restrictions s'appliqueraient notamment sur des périodes déterminées telles que les veilles et lendemains de jours fériés ou encore les vacances scolaires.

Que pense le ministre des Transports d’un encadrement du droit de grève ?

Philippe Tabarot, ministre des Transports et rapporteur de ce texte, pourrait donc s’appuyer sur cette proposition de loi pour renforcer le cadre légal. Le 31 décembre 2024, après plusieurs menaces de grève pour les vacances de Noël - qui n’auront finalement pas été exécutées - il s’est de nouveau dit favorable à une limitation du droit de grève. Pour le ministre, la grève a «permis de faire avancer un certain nombre de choses dans notre pays, mais il y a déjà très longtemps». Ce droit a été «dévoyé, détourné ces dernières années», expliquait-il sur Europe 1. «Je suis un homme de conviction. Je ne vais pas, parce que je suis ministre aujourd’hui, renier ce que j’ai pu déposer comme proposition de loi», précisait-il. Des affirmations renouvelées ce vendredi 18 avril sur la même antenne. «J’espère que le dialogue social et la responsabilité des uns et des autres pourra permettre d’éviter la grève», assure-t-il. Toutefois, il prévient : «Si ce n’est pas le cas, dans les mois ou les années qui suivent, je ne vois pas comment on ne passerait pas autour de cette proposition de loi.»

Depuis, l’adoption au Sénat au printemps 2024, le texte n’a pas bougé. Le gouvernement de l’époque s'était dit défavorable à la proposition de loi. Elle avait été transmise à l'Assemblée nationale le 23 juillet 2024 mais n’a depuis pas été examinée. Comme le rapportait le Parisien en janvier 2025, le ministre affirme qu’il est favorable un encadrement mais qu’il n’en fera pas son «cheval de bataille». «Ce n’est pas ma priorité. Si des députés s’emparent du texte, je les soutiendrai, conformément à mes convictions», assure Philippe Tabarot. Alors que le temps est aux grandes économies : 40 milliards d’euros à trouver d’ici 2026, peu probable que le texte puisse être adopté dans un hémicycle aussi divisé, le gouvernement n’ayant pas de majorité absolue.