Accusée de tous les maux, la mondialisation est regardée d’un œil suspect par les Français, qui la considèrent comme responsable de destructions d’emplois et de pertes de salaires. Beaucoup d’économistes, à l’inverse, mettent en avant les gains de pouvoir d’achat obtenus grâce au commerce international. Qui a raison ? Dans son ouvrage Le Caddie et la feuille de paie : mondialisation, salaires et emploi (Ed. Presses de Sciences Po), l’économiste Lionel Fontagné mène l’enquête.

Capital : Les économistes ont longtemps considéré la mondialisation comme bénéfique pour les consommateurs occidentaux, avant de tempérer leur discours et de mettre en avant son effet négatif sur l’emploi et les salaires. Comment expliquer ce revirement ?

Lionel Fontagné : Les économistes ont évolué dans leur perception des effets de la mondialisation avec la montée en puissance de la Chine, mais aussi et surtout parce que leur regard s’est déplacé du global vers le local. L’exercice de quantification, c’est-à-dire de mesure des effets de la mondialisation, est en réalité complexe. D’abord, il faut savoir distinguer si les pertes d’emploi ou de salaires sont provoquées par la mondialisation ou si elles dépendent du progrès technique, ce qui n’est pas forcément évident, d’autant plus que les deux phénomènes peuvent se nourrir mutuellement.

Il faut ensuite faire la part des choses entre les conséquences globales, pour l’économie dans son ensemble, et celles plus locales, qui frappent seulement certaines catégories de salariés, certaines industries ou certains bassins d’emplois. L’articulation de ces deux niveaux d’analyse ne permet pas de donner des réponses simples, comme "La mondialisation est une bonne chose" pour les pays occidentaux, ou inversement.

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