Nouvelle mise en garde du chef d’état-major des Armées. Déjà en novembre dernier, le général Fabien Mandon avait marqué les esprits en appelant les maires, réunis en congrès, à «préparer leurs populations» à la possibilité d’une guerre «dans trois, quatre ans». Lors d’une audition devant les députés de la commission de la Défense, jeudi 9 avril, il a de nouveau estimé que la perspective d’une «guerre ouverte» avec la Russie demeurait une menace majeure. «La permanence d’une menace russe sur notre continent, avec une guerre ouverte reste ma préoccupation première en termes de préparation des armées», a-t-il déclaré, rapporte Midi Libre.

Cette intervention s’inscrivait dans le cadre des discussions autour de l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM), destinée à renforcer le budget de la défense d’ici à 2030. Le général d'armée aérienne Fabien Mandon a également détaillé l’évolution des capacités militaires russes. «Chaque pays garde la liberté d’évoluer, mais en tout cas, les projections que l’on a aujourd’hui, c’est que la Russie, en 2025, représente 1,3 million de soldats, avec une projection à 1,9 (million) en 2030», a-t-il indiqué.

Un effort de défense jugé indispensable

Les équipements suivent la même tendance : le nombre de chars lourds devrait passer de 4 000 en 2025 à 7 000 en 2030. La marine russe «devrait rester sur un format entre 230 et 240» navires de combat, selon lui. «C’est quelque chose qui n’est absolument pas dogmatique, c’est quelque chose de renseigné», a-t-il insisté, justifiant ainsi le renforcement des capacités militaires françaises. Dans ce contexte, il a souligné l’importance de la loi de programmation militaire, qu’il juge «déterminante pour la défense de nos concitoyens, la défense de notre pays, la défense de nos intérêts».

Tout en appelant à la vigilance, il a voulu éviter toute dramatisation excessive : «Nous sommes dans une période de danger. Il ne faut pas susciter de l’inquiétude, mais juste de l’éveil parce qu’on a besoin de cet investissement de défense», a-t-il affirmé. Le projet de loi d’actualisation de la PLM présenté mercredi en Conseil des ministres prévoit ainsi 36 milliards d’euros supplémentaires pour les armées, qui s’ajoutent aux 413 milliards déjà programmés pour la période 2024-2030.

Un contexte international incertain

Au-delà de la Russie, le général a évoqué un environnement sécuritaire globalement dégradé, marqué par un «recours désinhibé à la force» et une «menace terroriste (qui) reste forte au Proche et Moyen-Orient, en Asie et aussi sur le continent africain». Il a également pointé l’évolution du rôle des Etats-Unis, estimant qu’«on ne peut plus avoir le même niveau de confiance sur l’engagement des Américains pour notre sécurité», tout en précisant que «le dialogue avec les autorités militaires américaines» reste de «grande qualité».

Enfin, face à la «simultanéité des crises», il a rappelé que les priorités américaines diffèrent désormais de celles de l’Europe : elles «ne sont pas les mêmes priorités que celles de notre pays ou que celles de notre continent et ils nous alertent depuis des mois en nous disant “renforcez-vous, nous ne pourrons peut-être pas couvrir vos besoins le jour où vous en aurez besoin”».