C’est un scandale sanitaire qui a mis au jour les défaillances de la surveillance des médicaments en France. Deux ans après la première condamnation des laboratoires Servier, l’affaire du Mediator, cet antidiabétique détourné en coupe-faim, fait son grand retour au tribunal. Un procès en appel presque aussi long qu’en première instance, puisqu’il durera six mois. De quoi s’interroger sur la qualité du contrôle des médicaments et produits de santé aujourd’hui, alors que le benfluorex (le principe actif du Mediator, ndlr) a été commercialisé en France pendant 33 ans. Son retrait du marché, en 2009, a été contraint par les révélations accablantes de la pneumologue et lanceuse d’alerte Irène Frachon.

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Quatorze ans plus tard, l’État semble avoir musclé ses moyens pour prévenir les risques. Après la parution d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) en janvier 2011, l’Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM) et la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam) ont chacune de leur côté créé une unité de santé publique et d’épidémiologie. Et elles ont modernisé leurs outils pour pallier les défaillances de la pharmacovigilance, particulièrement mise en cause par l’Igas et un rapport parlementaire présenté par l’ex-député Jean-Pierre Door en juin 2011.

L’ANSM et la Cnam ont notamment misé sur la pharmacoépidémiologie. À la différence de la pharmacovigilance, qui repose sur les remontées des effets indésirables par les patients, soignants et professionnels, cette méthode est “basée sur des études comparatives au sein de la population en vie réelle. On étudie l’utilisation des médicaments, qui les prescrit, les profils des patients qui les prennent, quels sont les facteurs associés à la prescription, quel dosage, quelle fréquence, etc.”, explique Mahmoud Zureik, professeur de santé publique cité comme témoin pour le procès en appel et directeur de l’Epi-phare. Un groupement d’intérêt scientifique (GIS) créé fin 2018 par l’ANSM et la Cnam pour réunir leurs équipes et mener des études à partir des “données complexes et massives” du Système national des données de santé (SNDS).

Meilleure détection des mésusages

La pharmacoépidémiologie a, entre autres, permis à la pneumologue brestoise, Irène Frachon, de contraindre les laboratoires Servier à retirer le Mediator du marché. Car si cette méthode a longtemps reposé sur des études de terrain, comme les cas-témoins ou les cohortes, elle s’est renforcée depuis que l’Assurance maladie a rendu accessibles ses bases de données en 2006. “La France est un des rares pays à disposer d’une base de données couvrant la population totale”, souligne Mahmoud Zureik.

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