
Alors qu’elle publie ce jeudi des résultats excellents pour l’année 2025, la SNCF se retrouve au cœur d’une polémique avec sa nouvelle offre professionnelle Optimum, qui interdit l’accès de certaines voitures de première classe aux moins de 12 ans. Dans l’hôtellerie aussi, des établissements qui n'acceptent que les adultes font le plein et provoquent le courroux de la haute-commissaire à l’enfance, Sarah El Hairy, qui promet des poursuites judiciaires contre les propriétaires d’hôtels, de campings ou de restaurants qui continuent d’exclure les plus jeunes. Entretien.
CAPITAL : Pouvez-vous définir ce qu’est le «no kids» et en quoi il est illégal en France ?
Sarah El Hairy : On parle de «no kids» mais on pourrait dire «adults only». Dans la majorité des cas, ce sont des établissements hôteliers ou des campings qui réservent leurs espaces aux adultes parce qu’ils y font la fête, avec beaucoup d’alcool, ou que les lieux sont luxueux. Mais il faut être très clair : quand on lit les textes sur les discriminations, il est écrit noir sur blanc que l’on n'a pas le droit de discriminer en fonction de l'âge. Et pour être très précise, les seules raisons qui permettent d’interdire l’accès aux mineurs, ce sont les établissements de nuit ou à activité sexuelle, entre adultes, ou les casinos.
Si c’est illégal, pourquoi des hôtels continuent-ils de filtrer les enfants ?
D’abord parce qu’ils remplissent leurs établissements avec ce type d’offre. C’est immoral, mais c’est la réalité, il ne faut pas le nier. Le problème, c’est que pour prouver la discrimination, il faut lancer une procédure juridique, attaquer un établissement, et les familles n’en ont souvent ni l’envie ni le temps. Mais, attention, et je le dis avec force à ceux qui continuent d’interdire leur accès aux mineurs, il y a des associations qui défendent la les droits des enfants et leur place dans notre société, et nous allons commencer à judiciariser ces situations. Des établissements vont se faire condamner et cela fera jurisprudence.
Ce qui est plus insidieux, ce sont les établissements qui ne proposent que des chambres doubles, ou facturent un lit enfant supplémentaire à 100 euros. Que comptez-vous faire ?
C’est sûr que ce genre de pratique est un frein et qu'elle exclut mécaniquement les familles. Mais cela ne tombe pas sous le coup de la loi. Seulement, si j'ai envie de dormir avec mon bébé dans un lit double, je dors avec mon bébé dans un lit double. Certains établissements font le tri de cette manière. Ce que nous avons choisi, c’est de promouvoir ceux qui ont des offres pro-famille, en lançant en juin dernier un label baptisé «Le choix des familles». Nous venons de récompenser 50 établissements dans toute la France qui ont choisi de penser leur activité autour des familles, que ce soit l’accueil, la culture, les loisirs… Nous n’en sommes qu’au début, mais les retours sont excellents.
Votre ancien Premier ministre, Jean Castex, désormais PDG de la SNCF, s’est ému de voir que sa nouvelle offre professionnelle Optimum, réservée aux plus de 12 ans, avait fait scandale. Que lui répondez-vous ?
J’ai de l’affection pour Jean, mais je ne comprends pas qu’il ne comprenne pas la polémique. Ce n’est pas un problème de réserver 5 ou 8% de ses sièges à une clientèle d’affaires. Personne ne reproche à la SNCF d’avoir une offre business. Le souci, c’est d’inscrire noir sur blanc sur le site de réservation d’une entreprise publique comme la SNCF que l’on interdit l’accès des voitures TGV à des enfants. La SNCF a franchi une ligne rouge, et je le dirais à Jean Castex quand je le verrai. Cette offre va tomber sous le coup de la loi, et ce serait triste qu’elle soit la première entreprise condamnée pour discrimination d’enfants. Ce n’est pas la même chose de dire que ces espaces pro sont «interdits» ou qu'ils sont «déconseillés» aux enfants. D’ailleurs, on voit beaucoup d'efforts pour accueillir des vélos, des trottinettes électriques à bord, mais, quand vous venez avec une poussette, c’est très compliqué. Pareil pour l’accueil en gare. Pourquoi développe-t-on des salons pro et pas des lieux pour changer ses enfants par exemple? Il faut donner plus d’espaces aux familles.
A l’inverse du «no kids», on voit aussi se développer au Japon et en Corée du Sud des offres dites «U40», interdites aux plus de 40 ans…
Cela m'interroge de la même manière, parce que c'est le symptôme d'une segmentation de la société. Chez nous, le problème est surtout lié à la place des enfants. C'est d'abord un enjeu démographique. Le premier risque pour la croissance mondiale, et ce sont les banquiers centraux qui le disent, c’est de perdre entre 0,5 et 1 point de croissance d’ici 2040 à cause de la dénatalité. Comment voulez-vous donner envie à des familles de faire un deuxième enfant si, dès le premier, c'est la galère ? Les pays du nord de l’Europe ont mieux compris que nous quelle devait être la place de l’enfant dans nos sociétés. Il est temps de soutenir les familles !




















