Alors que leur groupe a réalisé un bénéfice record de 23,4 milliards d’euros en 2022, des salariés de CMA CGM ont fait remonter à leur syndicat une revendication un peu caustique. «Vous avez été plusieurs à nous faire remarquer qu’il serait agréable, dans un groupe comme le nôtre, de ne plus avoir à payer son café…», relaie la CFE-CGC dans un point d’étape sur l’avancement des discussions avec la direction. Raté pour cette fois ! Malgré tout, l’armateur marseillais n’y est pas allé avec le dos de la touillette pour récompenser ses quelque 155.000 salariés. Avec 6% d’augmentation générale pour tous, 5% de plus pour les primes individuelles et encore 2% pour des hausses au cas par cas, même les syndicats n’osent plus râler. «En décembre, notre P-DG Rodolphe Saadé nous a aussi accordé un bonus de 10 semaines de salaires. Ça fait quasiment un quinzième mois!», ajoute Chantal Castel, la déléguée de la CFE-CGC.

En comparaison, le salaire mensuel de base de l’ensemble des salariés n’a progressé… que de 3,9% sur un an dans l’Hexagone, selon la Dares. «Face à une inflation de 6%, cela entraîne un appauvrissement réel, alors que certaines grosses entreprises semblent toujours faire des bénéfices exceptionnels. Cela pose la question du partage entre le revenu du travail et celui du capital», analyse Sophie Piton, chercheuse à la London School of Economics (LSE). Une poignée de grandes entreprises ont en effet pu profiter de la conjoncture pour engranger des bénéfices record. On les appelle même «superprofits» tant ils dénotent par rapport à la tendance naturelle: en clair, il s’agit de bénéfices rendus possibles par un effet d’aubaine.

En haut du podium? CMA CGM, donc, qui a pu faire gonfler ses résultats grâce à l’envolée des prix du fret. Surprise du classement, la compagnie maritime, la seule non cotée du top 5, a coiffé au poteau TotalEnergies, Stellantis, LVMH et BNP Paribas. Au total, le CAC 40 a enregistré plus de 152 milliards d’euros de bénéfices cumulés… Nos entreprises en ont profité pour récompenser généreusement leurs actionnaires, qui ont reçu en France 58 milliards d’euros de dividendes en 2022. Pire encore, les rachats d’action, qui consistent pour une société cotée à récupérer ses titres dans le but, par exemple, de faire remonter son cours en Bourse, ont eux aussi le vent en poupe: à 24 milliards d’euros en 2022, ils ont doublé en quatre ans.

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