
C’est un tournant monétaire. La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé ce jeudi 11 juin une hausse de ses taux directeurs d’un quart de point, une première depuis près de trois ans. Dans le détail, le taux de dépôt atteint désormais 2,25%, celui des opérations de refinancement 2,4% et le taux de prêt marginal 2,65%. Cette décision marque un changement de cap après une période de baisse progressive des taux.
Elle intervient alors que l’inflation repart à la hausse dans la zone euro, portée notamment par la flambée des prix de l’énergie liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. En mai, l’inflation a atteint 3,2%, son plus haut niveau depuis trois ans. Pour la BCE, l’objectif est clair : freiner la hausse des prix en rendant le crédit plus coûteux. Comme l’a expliqué Christine Lagarde, présidente de l’institution, cette décision repose sur «un choc énergétique majeur» qui s’installe dans la durée et commence à toucher l’ensemble de l’économie.
Un impact direct sur les ménages et les entreprises
Concrètement, la mécanique est simple. «Quand une banque centrale augmente les taux qu’elle offre aux banques qui déposent de l’argent, le principe, c'est que cela augmente les taux d'intérêt pour tout le reste de l'économie», explique Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management, auprès de Franceinfo. Les banques commerciales augmentent alors à leur tour les taux des crédits accordés aux ménages et aux entreprises.
L’objectif est de ralentir la consommation et l’investissement pour réduire la pression sur les prix. «Ce que la BCE veut provoquer, c’est une hausse du coût du crédit pour provoquer une baisse de la demande», résume-t-il. Cette hausse des taux rend donc l’accès au crédit plus difficile, que ce soit pour acheter un logement, investir ou consommer à crédit. Mais elle peut aussi avoir un effet inverse sur l’épargne. En France, elle influencera notamment la future rémunération du Livret A, qui dépend en partie de la politique monétaire européenne.
Une stratégie monétaire contestée
Cette stratégie ne fait cependant pas l’unanimité. Certains économistes estiment que la hausse des taux est moins efficace dans un contexte où l’inflation est principalement liée à l’énergie et non à une surchauffe de la demande.
«L’activité est atone et les agents économiques, dont les ménages, sont inquiets», observe l’économiste Stéphanie Villers, qui met en garde contre un risque de frein supplémentaire pour une économie déjà fragile. Le PIB de la zone euro a d’ailleurs reculé de 0,2% au premier trimestre.
















