
La Finlande a annoncé mardi qu'elle allait se retirer de la convention internationale interdisant les mines antipersonnel, suivant l'exemple des pays baltes et de la Pologne, une décision qu'elle justifie par la menace russe. «La Finlande et l'Europe doivent évaluer toutes les mesures visant à renforcer leurs capacités de dissuasion et de défense, individuellement et au sein de l’Otan», a déclaré le Premier ministre Petteri Orpo lors d'une conférence de presse. «Nous proposons également que la Finlande commence à préparer son retrait de l'accord d’Ottawa», a-t-il ajouté.
L'annonce de la Finlande intervient deux semaines après le pas effectué par quatre autres pays de l'Otan situés sur le flanc oriental de l'alliance militaire - la Pologne, la Lituanie, la Lettonie et l'Estonie - vers une sortie du traité, tous invoquant également la menace croissante que représente la Russie. Cette décision montre que la Finlande, pays de la ligne de front de l'Otan face à la Russie, est prête à utiliser tous les moyens pour assurer sa sécurité, même si cela implique de faire des compromis sur le droit international, estime Iro Sarkka, chercheur principal à l'Institut finlandais des afaires internationales.
La Finlande a fermé sa frontière orientale avec la Russie en décembre 2023
«Bien que cette solution ne soit pas optimale du point de vue du droit international, elle permet de maximiser la capacité militaire et constitue une solution rentable qui maximise la sécurité de la Finlande», a-t-elle déclaré à l'AFP. La Finlande partage une frontière de 1 340 kilomètres avec la Russie et a renforcé sa défense et sa sécurité frontalière depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022.
À la suite de cette invasion, le pays nordique a mis fin à des décennies de non-alignement militaire et a rejoint l'Otan en 2023. Le pays nordique a fermé sa frontière orientale avec la Russie à la mi-décembre 2023 après l'arrivée d'un millier de migrants sans visa, Helsinki afirmant que l'aflux était orchestré par la Russie, ce que Moscou a démenti.
Le pays nordique s’engage à respecter les accord internationaux
La ministre finlandaise des Affaires étrangères, Elina Valtonen, a déclaré aux journalistes que la Finlande s'engageait à assumer ses responsabilités humanitaires et à utiliser les mines de manière responsable, ainsi qu'à respecter les accords internationaux. «Malheureusement, nous avons un voisin qui ne respecte pas les accords internationaux», a-telle ajouté.
La ministre lituanienne de la Défense, Dovile Sakaliene, a salué la décision finlandaise, déclarant dans un message sur Facebook qu'il s'agissait d'un «signe clair que la région est sérieuse dans sa volonté de renforcer la défense et la dissuasion». «Les pays de l'Otan qui bordent la Russie prennent tous les mesures nécessaires pour s'assurer que plus jamais la botte sale d'un soldat russe ne franchira notre frontière», a-t-elle déclaré.
Plus de 160 pays et territoires parties au traité d'Ottawa
Selon l'experte Iro Sarkka, l'annonce par les cinq pays de la préparation d'une sortie du traité d'Ottawa indique que «les pays de la ligne de front de l'Otan convergent en termes de politique de défense vis-à-vis de la Russie». Le traité d'Ottawa interdit l'utilisation, le stockage, la production et le transfert de mines antipersonnel. Le Parlement finlandais doit encore approuver la décision du gouvernement, le retrait prenant effet six mois après cette approbation. Plus de 160 pays et territoires sont parties au traité d'Ottawa, dont l'Ukraine. Ni les États-Unis ni la Russie ne sont signataires.
La Finlande a abandonné les mines antipersonnel en 2012 lorsqu'elle a adhéré au traité et a ensuite détruit plus d'un million de mines. M. Orpo a également déclaré que la Finlande augmenterait ses dépenses de défense pour atteindre au moins 3% du PIB d'ici 2029 et lancerait une réforme de ses forces de défense pour faire face à la détérioration de la situation sécuritaire. «Grâce à ces solutions, nous veillerons à ce que la défense finlandaise soit en bon état pour les années à venir. Je suis très heureux que ces solutions bénéficient d'un large soutien parlementaire», a-t-il déclaré.


















