
Si la France figure parmi les plus gros exportateurs d’armes au monde (6,5%), elle reste loin derrière les Etats-Unis, dont le marché représente 43% des exportations. Et selon un rapport du Sipri publié lundi 10 mars, relayé par L'Echo, en quatre ans (2020-2024), les importations d'armes par les États européens membres de l'OTAN ont grimpé de 105% par rapport à la période 2015-2019. Un constat qui «reflète le réarmement général en Europe en réponse à la menace de la Russie». Mais ces augmentations des importations soulignent surtout que l’Europe est devenue dépendante des Etats-Unis.
Pourquoi ? Car sur toutes ces armes importées, Washington en a fourni 64%, un chiffre en hausse de douze points par rapport aux quatre années précédentes. Le Vieux Continent (hormis la France) commande des avions, notamment le F-35. C’est le cas de l'Italie ou du Royaume-Uni. Au total, selon Le Point, neuf pays se sont tournés vers l’avion furtif américain, même si certains ont été intégrés dans la production de composants clés. D’autres pays achètent également les systèmes de défense antiaérienne Patriot.
Des commandes réalisées jusqu’à fin 2024
En dehors des avions, les Européens se fournissent beaucoup en armes auprès des Etats-Unis, et dépendent désormais à plus de 60% de l’armement américain, révèle le Sipri. Entre 2022 et 2024, l’Ukraine est devenue le premier importateur mondial d’armes, mais des pays comme le Danemark, les Pays-Bas ou la Belgique sont toujours fortement dépendants. La Belgique justement, qui est passée de 0,1% d’importations globales d’armes entre 2015 et 2019 à 0,7% entre 2020 et 2024, reste toutefois fournie principalement par l’Espagne avec les Airbus A400M.
Mais à ce jour, son plus gros contrat d’armement réalisé est celui du F-35 américain pour 3,8 milliards d'euros. Et c’est dans ce contexte que pour la première fois, l’Europe est devenue le principal client des Etats-Unis devant le Moyen-Orient, d’autant que de nombreuses commandes (472 avions de combat et 150 hélicoptères de combat) ont été réalisées jusqu’à la fin de l’année dernière.
Donald Trump menace de quitter l’OTAN
Une dépendance qui peut inquiéter au regard de la menace de désengagement militaire brandie par Washington. Début mars, les Etats-Unis avaient suspendu leur aide militaire à Kiev (avant de lever cette suspension), mais surtout, Donald Trump menace de se retirer de l’OTAN. Une telle décision ne pourra pas être prise du jour au lendemain, d’autant qu’elle ferait perdre à l’armée américaine des infrastructures clés, rappelle Le Point. Néanmoins, si tel était le cas, les Etats-Unis accepteraient-ils toujours de produire pour les pays européens ? De quoi pousser certains Etats à réfléchir à deux fois avant de passer commande.
Le Portugal envisageait en effet de remplacer ses F-16 par des F-35, mais les récentes prises de distance de Donald Trump avec l’OTAN pourraient rebattre les cartes et le ministère de la Défense portugais pourrait se tourner vers le Rafale français (Dassault), le Gripen suédois (Saab) ou l’Eurofighter d’Airbus. «Dans nos choix, nous ne pouvons pas rester insensibles à l'environnement géopolitique», a déclaré le ministre de la Défense Nuno Melo, avant de poursuivre : «La prévisibilité de nos alliés est un atout majeur à prendre en compte.» Aucune décision n’a encore été prise.



















