Un constat qui interroge la gestion des programmes de défense européens. Selon la Cour des comptes française, le coût unitaire des Eurofighter, fruit d’une coopération européenne entre le Royaume-Uni, l’Italie, l'Allemagne et l’Espagne, est présenté comme «près de deux fois supérieur à celui du Rafale», rapporte Zone Militaire. «La Cour des comptes britannique a ainsi estimé que les Eurofighter acquis par le Royaume-Uni avaient coûté au total 43,6 milliards d’euros, soit un surcoût de 75 % par rapport aux estimations initiales», expliquent même les deux auteurs d’un rapport sur la Base industrielle et technologique de défense européenne, récemment publié par le Sénat.

Pour les sénateurs Pascal Allizard et Hélène Conway-Mouret, le surcoût de l’Eurofighter s’explique notamment par «les coûts de négociation», «la multiplication des chaînes d’assemblage et le fait que certains partenaires ont voulu profiter du projet pour acquérir des compétences dont ils étaient dépourvus». Ils rappellent également que la «Cour des comptes allemande a estimé que les coûts de maintenance de l’Eurofighter seraient sur l’ensemble de son cycle de vie deux fois supérieurs à l’estimation initiale».

L’avenir du SCAF en suspens

Ce projet commun amorcé par les quatre pays européens constitue un modèle pour Airbus, dans une volonté de débloquer le projet de Système de combat aérien du futur [SCAF] mené dans le cadre d’une coopération entre la France, l’Allemagne et l’Espagne. Le désaccord porte ainsi sur le développement d’un avion de combat de nouvelle génération. Sauf que Dassault Aviation souhaite un changement de gouvernance pour imposer ses décisions à Airbus, ce que le groupe européen refuse fermement.

«Si les gens veulent que le SCAF existe, nous savons tous comment le faire. Il suffit de revenir à ce qui a été convenu et de s’y tenir. Mais si les gens pensent que nous devons revenir à la case départ et recommencer toute la discussion, ce n’est pas acceptable», affirme Michael Schoellhorn, le PDG d’Airbus Defence & Space. Un modèle de coopération inadapté selon Eric Trappier, son homologue de Dassault Aviation : «La gouvernance d’Eurofighter consiste à faire une coentreprise, tout le monde met sa propriété intellectuelle au milieu, on donne tout à tout le monde et puis on fait un avion qui répond aux besoins de chaque industriel».