Il y a moins d’un an, Christelle Olaizola, 39 ans, travaillait encore comme technicienne dans un laboratoire d’analyse médicale à Anglet (64). Pourtant, en avril, elle devrait signer chez l’un des plus gros sous-traitants français en maroquinerie de luxe, le groupe Tolomei, qui possède notamment un atelier dans le Pays basque. «On est loin des tests de biologie, admet en souriant la jeune femme. Moi qui n’avais jamais touché une aiguille à couture de ma vie, me voilà à fabriquer des sacs à main.»

Pour apprendre ce nouveau métier, Christelle n’est pas retournée à l’école. Ou plutôt, si, mais directement chez son futur employeur. «Il est tellement difficile de trouver du personnel qualifié sur le marché du travail que nous préférons le former nous-mêmes, confirme Jean Galtier d’Auriac, DRH de cette société aux clients prestigieux mais secrets, qui emploie 1.800 salariés dans ses 10 ateliers en France et prévoit d’en recruter 400 supplémentaires cette année.

Comme beaucoup d’entreprises dans tous les secteurs, nous le verrons plus loin, Tolomei doit faire face à une situation déconcertante. Alors que l’activité est porteuse, les recrutements nécessaires pour produire et répondre à la demande constituent une gageure. «C’est une problématique importante dans la bataille pour réindustrialiser le pays», prévient Laurent Deloire, associé du cabinet de conseil Sia Partners.

Il y a deux ans, un rapport sénatorial alertait, lui aussi, sur le danger du manque de main-d’œuvre dans les PME industrielles. La cause de cette pénurie est connue: pas assez valorisés, les métiers manuels en général n’attirent pas suffisamment les jeunes. Et les formations courtes – type CAP ou bac pro – qui y préparent ne sont le plus souvent ni assez nombreuses ni assez pointues pour satisfaire aux exigences des employeurs.

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