Google, aussi puissant qu’un État ? La question se pose quand on voit que sa maison mère, Alphabet, a décidé de lancer des obligations sur 100 ans. Un événement très rare dans le monde de la tech, puisque le dernier comparable était Motorola en 1997. Pourtant, personne ne s'attendait à un tel succès. Tout a commencé lundi 9 février, lorsque Alphabet a levé 20 milliards de dollars sur le marché obligataire américain en sept tranches – les échéances allant de 2029 à 2066. La demande a été telle que l’émission initialement prévue à 15 milliards a été augmentée en cours de route.

Mardi 10 février, Google a poursuivi avec une émission en livres sterling de 5,5 milliards de livres (7,53 milliards de dollars) répartie en cinq tranches. Parmi elles, la fameuse obligation à 100 ans d’un milliard de livres sterling au taux de 6,125%. La demande a dépassé dix fois l’offre disponible.

Pourquoi Google emprunte sur 100 ans ?

La réponse tient en deux lettres : IA. Alphabet prévoit de débloquer entre 175 et 185 milliards de dollars d’investissements en 2026 pour construire des data centers et développer ses infrastructures d’intelligence artificielle. Malgré un trésor de guerre de 162 milliards de dollars, le groupe ne dispose que de 23,2 milliards immédiatement disponibles. C’est là qu’interviennent les obligations.

En empruntant sur 100 ans maintenant, Google verrouille des taux sur cette durée et diversifie sa base d’investisseurs en multipliant les devises. Il montre également que la tech est désormais capable d’emprunter comme un État.

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En quoi une obligation est-elle avantageuse ?

Mais alors, quels sont les avantages de ces obligations pour les investisseurs ? Le taux en question de 6,125% est garanti pendant 100 ans : cela signifie qu’Alphabet versera chaque année ce coupon fixe de 6,125% jusqu’en 2126. Le capital initial ne sera remboursé qu’à l’échéance finale, dans un siècle. Mais dans les faits, pas besoin d’attendre 2126 pour récupérer l’argent : une obligation peut être cédée à tout moment sur le marché secondaire. Mais attention ! Le prix de revente fluctue quotidiennement selon l’évolution des taux d’intérêt du marché, c’est le principe d’une obligation.

Ainsi, si les taux montent, la valeur de l’obligation baisse : imaginons que dans cinq ans, les taux obligataires corporate passent à 8% ; votre obligation à 6,125% perdra de sa valeur car les acheteurs préféreront des obligations plus récentes, et donc plus élevées. Pour vendre la vôtre, vous devrez baisser le prix. À l’inverse, si les taux baissent à 4%, votre obligation à 6,125% prendra de la valeur.

Pour qui ce placement a-t-il du sens ?

Même si les 6,125% peuvent être alléchants (bien qu’il faille soustraire la flat tax de 31,4%, ce qui fait un rendement de 4,20% net), ces obligations ne sont clairement pas pour l’épargnant lambda. Sur une durée aussi longue (100 ans !), elles s’adressent aux fonds de pension et assurances-vie qui recherchent des flux de revenus sur du très long terme, ou aux family offices qui veulent transmettre un actif générant des revenus sur plusieurs générations. Pour un particulier, une obligation à 100 ans génère des risques : grosse sensibilité aux variations de taux, durée extrême (vos enfants ne verront peut-être même pas le remboursement !)… Si vous voulez vous exposer à Alphabet, mieux vaut acheter directement l’action ou un ETF tech.

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