
Sale temps pour Google ! La justice américaine l’accuse d’avoir abusé de sa position dominante pour imposer son moteur de recherche par défaut sur tous les appareils. Son procès retentissant, qui a démarré en septembre 2023, devrait livrer son verdict à la fin de l’été. Après avoir fait défiler des dizaines de témoins et digéré des montagnes de documents, Amit Mehta, le juge tiré au sort pour instruire cette affaire – sacré veinard ! - pourrait notamment obliger le géant du Net à se séparer de Chrome, son fameux navigateur Internet. L’application est considérée comme une arme anti-concurrentielle, qui contribue aux 90% de parts de marché du maousse américain dans la recherche en ligne.
Sur le papier, cela porterait certes un rude coup aux affaires de la firme de Mountain View. Grâce à son navigateur, Google réoriente les internautes vers son moteur de recherche mais aussi vers ses services de messagerie (Gmail) ou encore sa plateforme de stockage Drive. Par le biais de Chrome, il collecte aussi les données de navigation des internautes. Et cela booste ses revenus publicitaires, qui représentaient encore l’an dernier les trois quarts de son chiffre d’affaires de 350 milliards de dollars. Enfin, les données recueillies par l’application contribuent aussi à nourrir Gemini, son intelligence artificielle rivale de ChatGPT.
Une menace pour le web
Mais cette sanction contribuera-t-elle à stimuler la concurrence sur le marché de la recherche en ligne ? Pour cela, il aurait sans doute fallu s’en prendre à Google et à son navigateur beaucoup plus tôt. Car aujourd’hui, une application de navigation n’est plus un pré-requis indispensable pour aller récupérer des informations sur Internet. Des assistants d’intelligence artificielle comme ChatGPT ou Perplexity font aussi le job.
Certains estiment même que forcer Google à se séparer de Chrome pourrait s’avérer contre-productif. «N’obligez pas Google à vendre Chrome», avertit ainsi sur son blog David Heinemeer Hansson, un développeur Danois pourtant remonté contre les pratiques dominantes des géants du net. «Cela nuira considérablement au web», estime-t-il.
Comprenez bien que Chrome n’a rien d’un logiciel développé en vase clos. Il est le fruit de dizaines d’années d’ingénierie. Et beaucoup de ses fonctionnalités n’ont pas seulement profité à Google, mais aussi au web. Prenez par exemple PDFium, qui permet de lire un fichier PDF dans un onglet, sans recourir au logiciel d’Adobe. C’est une innovation ouverte, librement accessible et partagée avec les développeurs du monde entier – elle est d’ailleurs exploitée par Microsoft, grand rival de Google, dans son navigateur Edge.
Beaucoup craignent donc que le web soit le premier à pâtir d’une cession de Chrome. «Obliger Google à vendre son navigateur fera chuter les investissements consacrés au web de 70%», redoute même l’Open web advocacy, un collectif international d’ingénieurs attachés à l’avenir de la toile. Leurs craintes ? Que le web finisse par être dépassé par d’autres plateformes, comme l’App Store d’Apple ou… le Play Store de Google. Enfermant, de fait, les internautes dans ces espaces numériques hyper-contrôlés. Loin de libérer l’innovation et de faciliter la concurrence, la séparation de Google et de Chrome renforcerait donc au contraire, selon lui, ces silos numériques contrôlés par des géants.
- Accès à tous les articles réservés aux abonnés
- Le magazine en version numérique
- Sans engagement




















