Un samedi soir mondain dans le XVIe arrondissement de Paris. Hommes d’affaires, banquiers, avocats, ministres, artistes et journalistes se pressent dans le luxueux duplex de David Layani. Le patron de la société de conseil digital Onepoint, nouveau trublion du capitalisme français, sait bien recevoir : maître d’hôtel, barman et DJ sont à la disposition des invités, qui peuvent profiter, champagne et petits-fours à la main, de l’immense salon avec balcon filant et de la vue sur la tour Eiffel. Mais ce qui frappe surtout dans ces soirées, c’est un brassage de castes assez inhabituel dans le Tout-Paris, où chacun préfère en général rester dans sa case.

Les nouveaux participants à ces agapes en sont d’ailleurs souvent stupéfaits. «Lorsqu’il a racheté mon entreprise, il m’a invité à dîner chez lui. J’étais très surpris du mélange des invités, aux profils pro, privé et même familiaux», témoigne Didier Rousseau, ancien patron de Weave, une société spécialisée dans la transformation numérique. Parmi les convives figure en effet souvent la mère de David Layani, dirigeante d’une agence d’événementiel, qui vit dans le même immeuble haussmannien. Et parfois sa sœur, ainsi que ses jeunes filles, qui déambulent alors entre le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin chantant à tue-tête du Boby Lapointe, l’ancien patron de Canal+ Pierre Lescure ou la comédienne et ex-avocate Caroline Vigneaux.

Un nouveau Bernard Tapie ?

Si David Layani tient à recevoir le Tout-Paris, surtout ces derniers mois, c’est que cet autodidacte de 44 ans a décidé de s’attaquer à un gros morceau : le géant de l’informatique Atos, un groupe anciennement coté au CAC 40, désormais au bord du gouffre. Après y avoir investi 80 millions d’euros, David Layani en détient d’ailleurs 11%, et a obtenu un siège à son conseil d’administration. Alors que cette proie reste 20 fois plus grosse que son groupe aux 500 millions d’euros de chiffre d’affaires, soigner ses relations avec l’establishment ne lui sera donc pas de trop.

Dans le secteur de l’informatique, on trouve peu de dirigeants pour y croire, et tout le monde reste plutôt persuadé que celui qui a quitté l’école à 16 ans va exploser en vol. «David Layani est atypique dans notre secteur d’ingénieurs. Il cherche à impressionner mais c’est un homme de conviction, défend son concurrent Mehdi Houas, le patron de Talan. J’ai de la sympathie pour lui, il me fait parfois penser à Bernard Tapie, ce qui pour le Marseillais que je suis est un compliment

Ambition sans limite, culot et réseaux à gogo, la comparaison fait mouche. «C’est exactement ça ! C’est Tapie qui veut racheter Adidas sans avoir un sou, s’exclame un de ses amis. David Layani a la même niaque et la même volonté d’ascension sociale.» Et si le Parisien n’a pas encore acheté de club de foot, il se toque de financer, en association avec ses salariés, une écurie de chevaux de course à Deauville. Reste à savoir si Atos sera son Crédit lyonnais à lui…

Un virage trop tardif dans le cloud, la cybersécurité et l’IA, et de mauvaises acquisitions ont fait plonger Atos

La suite est réservée aux abonnés
Abonnez-vous à Capital Profitez de -40% sur votre abonnement annuel standard
  • Accès à tous les articles réservés aux abonnés
  • Le magazine en version numérique
  • Sans engagement