Bill Gates n'est pas le seul milliardaire américain de la Tech à financer la lutte contre le changement climatique avec son organisation Breakthrough Energy. C'est aussi le cas de Jeff Bezos, Michael Bloomberg, ou des familles Hewlett et Packard. Le positionnement du fondateur de Microsoft s'avère toutefois particulier, tout entier dévoué aux innovations de rupture. En clair, il s'agit de développer des technologies qui n’existent pas encore pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Avec cette règle d’or: sélectionner des projets capables de les faire baisser d’au moins 0,5 gigatonne par an, soit environ 1% du total mondial. Ce sont les promesses que portent le stockage d’énergie longue durée, les carburants d’aviation durables, la fusion nucléaire, l’hydrogène vert, la capture du dioxyde de carbone dans l’air et la décarbonation des plastiques, des engrais et des matériaux de construction. Des projets particulièrement difficiles à financer en raison de leur long retour sur investissement et de l’importance des capitaux requis.

Breakthrough Energy a investi, par exemple, 22,5 millions d’euros dans l’entreprise irlandaise Ecocem, le leader européen du ciment bas carbone qui dispose de deux sites en France. Certifiée par l’Europe en début d’année, sa technologie va être commercialisée à grande échelle dès 2026. Autre exemple, celui de la start-up franco-britannique Dioxycle, développée par les chercheurs Sarah Lamaison et David Wakerley. Les deux scientifiques entendent recycler les émissions carbone des industriels pour les transformer en produits chimiques, de l’éthylène en l'occurrence, dont la production actuelle, à partir d’énergies fossiles, émet 800 millions de tonnes de CO2. Le soutien de Bill Gates leur a permis de mettre au point une preuve de concept (ou démonstration de faisabilité), puis de passer maintenant au prototype industriel.

Des choix technologiques critiqués

Ces initiatives privées soulèvent cependant une question: influencent-elles les politiques climatiques mondiales? «Oui, Gates a eu un impact significatif en faisant comprendre aux décideurs que la technologie serait la clé pour résoudre le problème climatique», se réjouit David G. Victor, professeur d’innovation et de politique publique à l’université de Californie à San Diego et ancien auteur des rapports du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Cet enthousiasme, l’ONG Reclaim Finance ne le partage pas. «Nous pensons qu’il vaut mieux se focaliser sur des technologies matures et compétitives comme les énergies renouvelables, les batteries et la densification des réseaux électriques», assure Rémi Hermant, analyste des politiques et des institutions financières de Reclaim Finance, qui œuvre pour la justice climatique et sociale. «L’hydrogène vert ou la capture de carbone restent de l’ordre du concept et ne seront pas prêts à temps pour nous permettre de baisser suffisamment nos émissions d’ici 2030.»

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