
Pour une Bourse (CAC 40, S&P 500, Nasdaq, Dow Jones, etc.) dopée à l’optimisme depuis plusieurs semaines, où le buy the dip (acheter les creux sur les marchés actions) est le seul mot d’ordre, la macroéconomie ne semble plus avoir beaucoup d’importance, et pourtant… Et pourtant certaines données détonnent quand on prend le temps de s’y intéresser. C’est le cas pour les ventes de logements existants. Si l’on se focalise uniquement sur la variation mensuelle, on peut juger que le chiffre du mois de mai est satisfaisant avec une progression de 0,8%.
Mais si l’on regarde le taux annuel ajusté, on évolue actuellement au même rythme que pendant la crise des subprimes (la crise financière de 2008-2009, NDLR). Et d’autres statistiques immobilières font également grise mine, comme celle des mises en chantier par exemple, qui sont tombées le mois dernier à leur plus bas niveau depuis 2020, c’est-à-dire depuis la pandémie de Covid. L’indice des promesses de vente immobilières est retombé à 71,3 en mai. Même pendant la crise des subprimes, cet indice n’était pas tombé aussi bas ! Il avait chuté à 80,2 en novembre 2008 et même à 76,4 en juin 2010, mais il n’avait jamais atteint ce niveau-là. Cet indice des promesses de vente évolue également sous le point bas d’avril 2020, touché lors des confinements liés à la crise Covid, à 71,8 !
La Bourse ne peut pas ignorer la très faible dynamique de l’immobilier aux Etats-Unis
Si l’on s’intéresse à l’indice des refinancements hypothécaires, le constat est également sans appel : il évolue lui aussi sous les niveaux de la crise de subprimes. Ce n’est pas un constat réalisé seulement sur les derniers mois mais depuis 2022 et la très forte remontée des taux de la Fed dans un contexte de forte inflation. Depuis plus de 2 ans, cet indice des refinancements hypothécaires est déprimé, il faut remonter à la période de la bulle internet pour retrouver des niveaux aussi faibles ! Alors, bien entendu, l’économie américaine ne se résume pas à son marché immobilier, mais la très faible dynamique du secteur ne peut pas être ignorée. Il y a des raisons structurelles à ces chiffres mais également une influence directe du niveau des taux aux Etats-Unis.
Lorsqu’on dit que les taux américains restent élevés en raison des incertitudes sur l’inflation liées à la politique commerciale de l’administration Trump, mais également liées à la trajectoire de la dette américaine et du budget, cela ne s’arrête pas à un simple «constat». Des taux élevés sur les Treasuries (obligations d’Etat, NDLR) signifient des conditions de crédit peu favorables, et notamment sur les taux de crédit hypothécaire qui restent très élevés. Le taux moyen des crédits hypothécaires à 30 ans est actuellement de 6,84% après avoir atteint près de 8% en 2023. Il faut remonter au début des années 2000, lors de la bulle internet, pour retrouver des taux d’emprunt immobilier aussi élevés.
Les taux de crédits immobiliers restent élevés aux Etats-Unis, Donald Trump exhorte la Fed à baisser ses taux (et la Bourse l’espère)
Et cela impacte clairement la dynamique du marché immobilier américain, depuis de nombreux trimestres désormais. Donald Trump continue de mettre la pression sur Jerome Powell sur son réseau social pour qu’il baisse les taux. A quelques heures (à l’heure où ces lignes sont écrites) d’une audition devant des sénateurs américain, un exercice auquel se livre le président de la Fed deux fois par an, Donald Trump redouble de violence verbale : «J'espère que le Congrès va vraiment se débarrasser de cet imbécile et borné. Nous paierons son incompétence pendant de nombreuses années». La Bourse des Etats-Unis (S&P 500, Nasdaq…), à nouveau non loin de son record historique, est à surveiller.





















