L’exacerbation des tensions géopolitiques - Venezuela, Iran, Groenland, tarifs douaniers, Ukraine -, doit-elle vous inciter à mettre vos avoirs à l’abri ? L’an dernier les marchés ont bien rebondi après le plongeon provoqué par l’annonce des droits de douane américain lors du «Liberation day» du 2 avril : les pays développés (indice MSCI World dividendes inclus) ont fini 2025 en hausse de 19,5% ; l’indice EuroStoxx 50 dividendes inclus gagnait 24,3%, le S&P 500, 16,4%. Les marchés émergents (indice MSCI Emerging markets) ont pris 31% tirés notamment par la Corée du Sud. Mais il fallait croire à la force du rebond pour réinvestir au plus bas.

A présent, chaque événement entraîne un mouvement de repli et de nouvelles hausses des actifs considérés comme les plus protecteurs en période de crise : les métaux précieux. Car les conseillers financiers conseillent de diversifier ses avoirs. Une manière d’affronter les risques géopolitiques, monétaires et financiers qui s’exacerbent et de se protéger d’un éventuel éclatement de la bulle de l’IA, même si tous ne croient pas à l’existence d’une bulle, la plupart des géants de l’IA à l’exception d’Oracle, étant jugés capables de financer leurs énormes investissements.

Risques monétaires

Un autre risque tient à la politique monétaire américaine et aux pressions de Donald Trump sur la Fed pour qu’elle accentue le mouvement de baisse des taux. Si l’objectif du président américain est de faire remonter sa cote dans les sondages en vue des midterms, élections de mi-mandat, de novembre prochain afin de dynamiser la croissance et de réduire le coût de sa dette pléthorique, ces pressions pourraient avoir un effet boomerang. D’une part, en sapant la confiance envers la politique monétaire américaine, d’autre part en relançant l’inflation aux Etats-Unis et en réduisant les bénéfices de ses partenaires commerciaux déjà affectés par les nouveaux droits de douane. La baisse de 12% du dollar contre l’euro durant l’année 2025 pèse en effet sur les résultats et les cours des sociétés européennes de qualité. Ce qui pourrait réduire les effets positifs du mouvement de réallocation défensive récemment amorcé vers ces valeurs délaissées, notamment celles de consommation discrétionnaire ou de santé alors même que bon nombre de stratèges conseillent de revenir sur les marchés européens.

Rééquilibrage bénéfique

En effet, après avoir concentré leurs achats sur les dix plus grandes valeurs de la tech américaine, les investisseurs ont commencé à redéployer leurs capitaux vers les autres valeurs et les autres marchés d’Europe et d’Asie, en premier lieu sur la tech coréenne et la tech chinoise. Ce rééquilibrage serait d’ailleurs aussi bénéfique pour les marchés.

Pour autant, les raisons de rester investi en Bourse ne manquent pas. En premier lieu, les politiques budgétaires qui ont nourri l’optimisme l’an dernier, devraient produire leurs effets en 2026 et au-delà, notamment les budgets pour la Défense et le plan de relance allemand. Ces nouveaux budgets constituent un fort soutien à la croissance, ferment boursier. Sans être mirobolantes, les estimations d’une croissance économique de près de 2,5% aux Etats-Unis, d’environ 1,2% en Europe et un peu plus de 4% dans les pays émergents sont jugés suffisants pour entretenir la hausse des marchés. En second lieu, les politiques monétaires, jusqu’à présent favorables aux actifs risqués avec la baisse des taux de la BCE en Europe puis celles de la Fed aux Etats-Unis.

En outre, les crises récentes de la pandémie de Covid aux évènements du Groenland, ont montré que les marchés rebondissent très vite après les secousses. Notamment grâce à l’abondance des capitaux prêts à s’employer.

Reste que derrière l’optimisme général, le souci de diversification et l’envol des métaux précieux sont symptomatiques d’un contexte hautement inflammable. Diversifier s’inscrit comme le mantra de 2026.