
À peu de chose près, la Bourse commence 2026 comme elle a terminé 2025 : dominée par les États-Unis et l’intelligence artificielle (IA). À ceci près que les investisseurs professionnels se montrent désormais plus sélectifs sur ces thématiques. Une prudence dont les investisseurs particuliers devraient s’inspirer pour éviter des déconvenues…
Sans grande surprise, les valeurs américaines devraient à nouveau être les stars de la Bourse. «Nous prévoyons un bénéfice par action du S&P 500 à 305 dollars en 2026, soit une hausse de 10 % sur un an, et anticipons une progression de l’indice à 7 700 points d’ici la fin de l’année», prédisent les experts d’UBS AM.
L’Amérique toujours leader
La croissance américaine (1,8 % en 2025) ne fait pourtant pas consensus. Certaines maisons de gestion tablent sur un niveau autour de 2 %, quand d’autres comme Pictet AM, prévoient un ralentissement à 1,5 %. Le marché de l’emploi a, lui, déjà marqué le pas au deuxième semestre 2025.
Du côté politique et juridique, deux principaux événements sont à anticiper. Le premier, relevé par Ostrum AM, est la décision de la Cour suprême sur la légalité des tarifs douaniers. Attendue pour le premier trimestre, elle pourrait «modifier la trajectoire du commerce mondial : une désescalade forcée ouvrirait la voie à un rebond des échanges», estiment les gérants. Le second événement est celui des élections de mi-mandat. Prévues pour novembre, elles risquent de mettre l’administration et le clan Républicain sous pression bien plus tôt. Les actions américaines conservent donc leur attrait, mais attention aux indicateurs macroéconomiques et à l’agenda politique, qui pourraient provoquer des soubresauts dans les portefeuilles.
L’IA : plus de sélectivité et de diversification
Après avoir capté toute l’attention en 2025, l’intelligence artificielle s’annonce encore comme un des thèmes majeurs de 2026. Si les gérants ne cèdent pas aux inquiétudes sur la constitution d’une bulle boursière, ils reconnaissent que l’heure de vérité approche pour les entreprises du secteur. De quoi inciter à la prudence, y compris envers les leaders du domaine, qui subissent une double pression financière : les investisseurs veulent des garanties sur leur rentabilité alors que leurs trésoreries arrivent à épuisement et que leurs coûts de développement augmentent. «Jusqu’à présent, ils finançaient leurs investissements essentiellement de manière organique grâce à leurs autres activités mais cela leur devient de moins en moins possible et certains prévoient déjà de s’endetter», souligne Guillaume Uettwiller, gérant actions thématiques de la société de gestion CPRAM.
Les gérants d’actifs conseillent ainsi de diversifier ses investissements dans le secteur et de considérer l’ensemble des pays engagés dans cette révolution technologique. «Le thème s’étend au-delà des États-Unis vers la Chine, Taïwan, l’Inde, l’Europe et le Japon», confirme Amundi AM. Le premier gérant européen (plus de 2 200 milliards d’euros d’encours) soutient même que les marchés s’attendent à ce que les «Tech-8 chinoises» (les 8 plus grosses capitalisations tech du pays telles que DeepSeek, Tencent, Alibaba ou bien encore Meituan) dépassent les Sept Magnifiques américaines en termes de croissance de bénéfices cette année.
D’après lui, l’Europe, malgré un retard certain dans le secteur, présente des opportunités, notamment dans «l’électrification, les biens d’équipement liés à l’IA et les petites et moyennes capitalisations axées sur les marchés nationaux». Ces dernières «pourraient bénéficier d'un rattrapage progressif de la productivité et de l'innovation, à condition que l'Europe relève les défis liés aux infrastructures et au développement des compétences», ajoutent ses experts.
BlackRock, le plus gros gérant d’actifs au monde (13 464 milliards de dollars d’encours) anticipe également que la performance ne se limitera plus aux seules «méga-caps» technologiques, mais s’étendra progressivement aux bénéficiaires indirects de l’IA (industries, énergie, logiciels, équipements…). Le temps de l’investissement facile dans l’intelligence artificielle semble donc arriver à son terme. Il faudra désormais se montrer plus subtil pour s’y exposer et ne pas favoriser aveuglément les leaders, aux valorisations déjà très élevées.
Défense : l’Europe en quête d’autonomie stratégique
La Bourse européenne réitérera-t-elle sa bonne performance de 2025 ? Oui, à en croire la plupart des gérants. Pour BNP AM, l’année dernière a marqué le réveil du Vieux continent, heurté notamment par l’imprévisibilité des décisions de l’administration américaine, la hausse des importations chinoises et l’appréciation de l’euro. Cette instabilité a poussé l’Union européenne (UE) à renforcer son autonomie stratégique : «Elle consacre désormais chaque année des milliards à la défense, à la résilience industrielle et à des secteurs technologiques clés», appuient les experts de BNP AM. Les membres de l’OTAN se sont ainsi engagés à investir 5 % de leur PIB en défense et sécurité d’ici 2035… Pas de quoi impressionner les marchés ! «Malgré une nette appréciation depuis 2022, le secteur affiche toujours une valorisation inférieure à celle de ses homologues américains, alors que sa croissance dépasse largement celle des autres secteurs européens», explique BNP AM. Ses experts prévoient que l’indice MSCI Europe Aerospace & Defense progresse de plus de 25 % cette année. Ils préviennent toutefois : bien que les carnets de commandes soient «rassurants», les investisseurs devraient se préparer à une «possible volatilité» à court terme, du fait des «annonces contradictoires concernant la probabilité d’un cessez-le-feu entre l’Ukraine et la Russie». L’Europe et plus particulièrement ses valeurs défense, seront donc à considérer cette année. L’industrie et la santé, deux autres secteurs stratégiques pour l’UE, présenteront eux aussi des opportunités à ne pas snober.



















