
Qui sera le plus touché ? Alors que les droits de douane imposés par les Etats-Unis vont entrer en vigueur, imposant des taxes de 15% sur les produits européens, dont les vins et spiritueux, les producteurs de champagne tirent la sonnette d'alarme. «Ca va faire mal, parce que je sens bien que sur certains de mes importateurs, la situation est difficile», souligne Christine Sévillano. Cette dernière est directement concernée par le relèvement des droits de douane américains, tout en espérant une issue favorable aux négociations qui se poursuivent entre Bruxelles et Washington. Les États-Unis représentent «presque 10%» de son chiffre d'affaires, explique à l'AFP Christine Sévillano dans une cave de son domaine de huit hectares de vignes certifiées bio à Vincelles, un petit village de la vallée de la Marne (Nord-Est) où domine le meunier, l'un des principaux cépages du champagne.
Ses importateurs américains «sont dans une sorte d'attentisme (...), ils espèrent clairement que l'administration Trump va changer de cap», ajoute celle qui est aussi présidente de la fédération des vignerons indépendants de Champagne. L'impact est «déjà là» car depuis plusieurs mois, «on sent qu'il y a un ralentissement et une frilosité importante (...), c'est très clair que les commandes [venant des États-Unis] se raréfient», avec d'autres facteurs aggravants comme l'inflation, qui pèse sur la consommation américaine, et sur la baisse du dollar face à l'euro, relève encore Christine Sévillano.
Premier marché d'export pour le champagne
Les États-Unis sont le premier marché à l'export pour le champagne, tant en volume (environ 10%) qu'en valeur (820 millions d'euros, soit plus de 14% des ventes du secteur), selon les chiffres 2024 du Comité Champagne, l'organisation interprofessionnelle de la filière. «Aujourd'hui, l'impact de ces droits de douane bien sûr retentit sur nos exploitations, sur nos domaines, sur nos entreprises», en Champagne mais aussi aux États-Unis, où leur incidence économique «n'a pas été suffisamment bien étudiée», estime Maxime Toubart, coprésident du Comité Champagne, interrogé jeudi par l'AFP.
«C'est toute la chaîne qui va en pâtir», des maisons de champagne, fortement exportatrices, aux petits vignerons qui leur fournissent des raisins, en passant par les intermédiaires et jusqu'au consommateur final américain, prédit-il. Mais la «bonne nouvelle», c'est que les négociations continuent entre l'Union européenne et l'administration Trump, ajoute Maxime Toubart. La Fédération des vins et spiritueux (FEVS) a aussi rappelé jeudi à l'AFP qu'elle espérait toujours une exemption des droits de douane américains pour son secteur : «Ça reste un objectif à atteindre et c'est exactement le message qu'on porte auprès des pouvoirs publics français et européens, qui l'ont bien reçu».
Un secteur à plaindre ?
Pour Philippe Cothenet, secrétaire général adjoint de la CGT Champagne, les grands producteurs du plus célèbre vin pétillant français ne sont pas les plus à plaindre : «15% [de taxes américaines], ça peut être absorbé», à condition de répartir l'impact «à tous les étages de la fusée», pense-t-il. «Ce n'est pas la fin du monde». Les ventes de la filière champagne ont reculé en 2024, mais il s'agissait d'une certaine normalisation, car le secteur avait connu des ventes record en 2022 et 2023, dépassant six milliards d'euros, grâce notamment à de fortes hausses de prix passées dans un contexte post-Covid, rappelle Philippe Cothenet.
Le champagne reste «un marqueur puissant et un symbole fort de la gastronomie, de l'art de vivre, mais aussi de la célébration. Et ça c'est des marqueurs qui perdurent», convient aussi Maxime Toubart. «Notre ambition c'est de continuer à être très présent» sur le marché américain, «extrêmement important pour nous, mais il y a aussi de nouveaux marchés à ouvrir», ajoute le coprésident du Comité Champagne, en citant l'Asie du Sud-Est, l'Amérique latine et l'Afrique. Malgré les difficultés qui s'accumulent, «je veux rester optimiste», confie aussi Christine Sévillano. Après tout, «on vend un produit d'optimisme, un vin d'optimisme».


















