
«Dites-le avec des fleurs.» Roses, immortelles, pivoines… Les Français aiment offrir des bouquets. Chaque année, il s'en vend en moyenne pour 1,52 milliard d’euros. Sans surprise, les principales fêtes calendaires telles que la Saint-Valentin et la Fête des Mères et, bien sûr, les anniversaires, mariages et autres occasions marquantes représentent plus de la moitié des dépenses réalisées chez les fleuristes. Et lorsque survient l’opportunité de faire plaisir à ses proches, deux noms s'imposent à l'esprit des clients : Interflora et Aquarelle. Deux entreprises dont le succès repose sur des business models bien distincts.
L'une crée ses bouquets, l'autre pas
Interflora est une plateforme de mise en relation. Autrement dit, elle ne fabrique pas ses bouquets, mais met en contact clients et professionnels. Son modèle est celui d’une marketplace : la société capte la commande grâce à son catalogue, puis la confie à un artisan fleuriste local affilié à son réseau, qui compose et livre le bouquet. Chaque fleuriste partenaire est indépendant mais doit adhérer aux standards communs de qualité, de service et de transmission des commandes édictés par le groupe. Celui-ci se finance grâce à une commission réalisée sur chaque vente. La marque Interflora est née en France en 1946 après la création de la Société française de transmissions florales par l’Association des fleuristes de France et la section française de la compagnie allemande Fleurop.
Aquarelle, propriété du groupe Clarisse, fabrique quant à elle ses bouquets, qu’elle livre par un circuit de distribution 100% intégré. Et l’entreprise dispose de son propre site de production, à Brasseuse, dans l’Oise, non loin de Senlis. «Près de l’autoroute A1 et de l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle, pour pouvoir recevoir les fleurs du monde entier qui y arrivent quotidiennement d’Amsterdam en Hollande et réussir à faire des livraisons dans la journée même de la commande passée à Paris et dans toute l’Île-de-France», détaille Henri de Maublanc, qui est, avec son frère François, à l’origine de la société. Dans sa manufacture, le fleuriste industriel prépare 30 000 bouquets par jour. Pour maintenir une telle cadence, il s’appuie sur 120 collaborateurs. «Pendant les périodes de fêtes, ce nombre grimpe à 350», précise le fondateur.
Interflora et Aquarelle s’appuient sur la force de leur réseau
La société, qui a commencé par ouvrir un magasin en 1987, à Rennes, est restée une affaire de famille. Le réseau Interflora, lui, appartient à la société Interflora France, elle-même détenue par le groupe MyFlower, dont l’actionnaire majoritaire est, depuis 2021, le fonds d'investissement PAI Partners.
Bien que les actionnariats soient de nature différente, les deux entreprises s’appuient sur la force d’un réseau dans lequel l’international joue un rôle prépondérant. A ce titre-là, la puissance d’Interflora est sans commune mesure avec celle de son rival. Son réseau regroupe près de 45 000 membres répartis dans 140 pays. Il expédie plus de 4,3 millions de bouquets par an, faisant de l'enseigne le leader mondial de la livraison de fleurs. «Cette organisation permet à Interflora de combiner ancrage local et couverture mondiale», décrit Claire Pedarros, chargée d'études économiques au cabinet Xerfi et autrice d’une étude sur le marché des fleuristes, parue en avril 2025.
Si Aquarelle ne peut s'enorgueillir d'un tel maillage, la société a su se développer aussi en dehors des frontières de l’Hexagone. «Nous sommes présents en Espagne, où nous disposons également d’un site de production, mais aussi au Portugal, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne», souligne Henri de Maublanc. Par ailleurs, l’entreprise a fait le choix stratégique d’acquérir le réseau 123fleurs en 2015. «Beaucoup de clients achètent des fleurs à la dernière minute. Bien que notre ADN soit celui d’un producteur de bouquets, nous perdions des parts de marché», explique le président d’Aquarelle. Désormais, grâce à 123fleurs, le groupe livre dans une centaine de pays et réalise 200 000 commandes par an.
La vente à distance de fleurs en hausse
En France, le marché de la fleur coupée est soumis à une rude concurrence. «En 2024, les fleuristes français captaient près de 40% des ventes en valeur. Mais ils doivent faire face à la place de plus en plus importante prise par les jardineries et la grande distribution», analyse Claire Pedarros. Surtout, le commerce de l’horticulture ornementale est bousculé par Internet. «En 2021, la vente à distance représentait moins de 7% des ventes. En 2024, elle est passée à 9%», étaie la chargée d'études économiques au cabinet Xerfi.
En la matière, Aquarelle semble avoir une longueur d’avance. Dès 1997, l'enseigne s’est positionnée en pionnière de l'e-commerce en lançant son propre site Internet. Parallèlement, elle a fait le choix de réduire considérablement le nombre de ses boutiques physiques. «Nous en avons possédé jusqu’à une trentaine. Aujourd’hui, nous n’en avons plus qu’une : notre boutique historique de Rennes», explique Henri de Maublanc.
Le pari s’est révélé gagnant. «Grâce à notre site, nous avons été rentables dès 2024», se félicite le fondateur. Au premier trimestre de l’année 2026, Aquarelle a cumulé une audience de 600 000 visiteurs contre 550 000 pour Interflora. Ce dernier s'est vu infliger en novembre 2025 une amende de 3,17 millions d'euros par la Répression des fraudes pour non-respect du code de la consommation. Lorsqu'un client passait commande sur le site interflora.fr, une case était automatiquement précochée pour son service payant Interflora Plus.
D'abord pris de vitesse, le numéro 1 du marché de la transmission florale s'est rapidement ressaisi face au développement de la vente en ligne en lançant son site Web en 1998. Le virage d’Internet a su être bien négocié. Ce que reconnaît son concurrent : «Il est très rare de voir un leader capable de rebondir lorsqu’il a été dépassé par l’avènement d’un nouveau canal d’acquisition comme Internet. Mais le groupe a su le faire», concède Henri de Maublanc. Selon celui qui est aussi à l’origine des magasins Au Nom de la Rose, le géant a pu notamment compter sur sa renommée pour rattraper son retard. «A l’instar de Frigidaire, qui est devenu le synonyme de réfrigérateur, Interflora est rentré dans les mœurs comme le synonyme de livraison de bouquets», constate-t-il.
Il n’empêche : Aquarelle entend rester leader dans le segment de la vente digitale. L’entreprise familiale mise notamment sur l’envie d’une partie des acheteurs d’offrir des fleurs françaises avec sa marque Monsieur Marguerite, premier fleuriste 100% français en ligne. Selon l’opérateur de l’État, FranceAgriMer, en 2024, 85% des ventes provenaient d’importations. La guerre des roses est loin d’être terminée.
En chiffres
- Aquarelle
- Chiffre d'affaires 2024 : 17,6 millions d’euros de chiffre d’affaires (contre 19,3 en 2023).
- Réseau : 2 500
- Nombre de commandes en 2025 : 700 000 bouquets livrés dans le monde dont 500 000 en France
- Interflora
- Chiffre d'affaires 2024 : 125 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024 (contre 124 en 2023).
- Réseau : 5 200 fleuristes affiliés
- Nombre de commandes en 2025 : 4,3 millions de bouquets livrés dans le monde dont 1,7 à 1,8 million en France
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