
Bernard Arnault n’est plus l’homme le plus riche de France. Le dernier classement du magazine Challenges des 500 plus grandes fortunes place désormais la famille Hermès en tête, avec une estimation de 163,4 milliards d’euros. De leur côté, les Arnault chutent à 116,7 milliards, soit une perte spectaculaire de 74 milliards d’euros en un an. Ce changement de hiérarchie marque une rupture : le patron de LVMH trônait en haut du classement sans interruption depuis 2017. Cette année, Hermès a gagné plus de 8 milliards, profitant de sa solidité en Bourse, tandis que LVMH a souffert d’un contexte plus instable et d’un recul de ses résultats.
Derrière ces chiffres se cachent des stratégies opposées. Hermès, dont la famille détient encore près de 67 % du capital, a réussi à séduire les marchés grâce à une croissance solide et un positionnement très haut de gamme. LVMH, plus exposé au ralentissement mondial du luxe, n’a pas aussi bien résisté. L’entreprise de Bernard Arnault est pourtant plus diversifiée, allant des spiritueux aux parfums, en passant par la mode et la joaillerie. Mais c’est justement cette diversité qui, dans un contexte incertain, pèse sur sa performance. Depuis janvier, l’action Hermès a pris 4 %, tandis que celle de LVMH a reculé de plus de 23 %.
Pourquoi Hermès résiste mieux que LVMH
Cette inversion de tendance s’explique par plusieurs éléments. D’abord, Hermès continue d’afficher des résultats solides. Au premier trimestre, ses ventes ont progressé de 7,2 % en données comparables, et les analystes attendent jusqu’à 9 % pour le deuxième trimestre. Ensuite, la marque bénéficie d’un statut unique : elle est perçue comme la maison de luxe la plus qualitative et la plus défensive, selon Deutsche Bank. Les produits emblématiques comme les sacs Birkin ou Kelly restent très prisés, et la diversification vers des lignes plus accessibles (soie, parfums) continue de séduire une clientèle fidèle.
À l’inverse, LVMH pâtit d’un ralentissement plus global. Ses revenus ont chuté de 3 % sur les trois premiers mois de l’année, et la tendance ne devrait pas s’inverser immédiatement. Son PDG, Bernard Arnault, a lui-même évoqué en avril des perturbations liées à la géopolitique mondiale et à la menace de nouveaux droits de douane. Le contexte économique pèse, notamment sur les marchés américains et asiatiques, qui représentent une part majeure du chiffre d’affaires du groupe. Cette divergence de trajectoire entre les deux géants du luxe illustre une vérité boursière bien connue : en période d’incertitude, les investisseurs misent sur les valeurs les plus stables, ce qui est le cas d'Hermès.


















